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A propos d'un rêve...
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Franz Hohler à Genève
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Les logos de Benoît Jacques
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Titeuf à Genève
Entretien avec Robert Delpire
 

DOUZE COMÈTES INCONNUES

Par
Georges Lemoine
Aux lecteurs de mes chroniques...
Douze, comme 2012 ! Un livre ouvert sur le paysage enneigé à l’arbre solitaire
en guise de vœux pour les douze mois de l’année à venir, même si l’une de ces comètes
s’est déjà effacée dans le ciel pur de l’hiver.
 
En cadeau, cet extrait gidien copié dans “Les Nourritures terrestres”
premier livre, chapitre III, page 360
André Gide, éditions Gallimard, La Pléiade, Romans et récits, Tome 1.

  
RONDE POUR ADORER CE QUE J’AI BRÛLÉ
 
Il y a des livres qu’on lit, assis sur une planchette.
Devant un pupitre d’écolier.
 
Il y a des livres qu’on lit en marche
(Et c’est aussi à cause de leur format) ;
Tels sont pour les forêts, tels pour d’autres campagnes,
Et nobiscum rusticantur, dit *Cicéron.
Il y en a que je lus en diligence ;
D’autres couché au fond des greniers à foin.
Il y en a pour faire croire qu’on a une âme ;
D’autres pour la désespérer.
Il y en a où l’on prouve l’existence de Dieu ;
D’autres où l’on ne peut pas y arriver.
Il y en a que l’on ne saurait admettre
Que dans des bibliothèques privées.
Il y en a qui ont reçu les éloges
De beaucoup de critiques autorisés.
 
 
Il y en a où il n’est question que d’apiculture
Et que certains trouvent un peu spéciaux.
D’autres où il est tellement question de la nature,
Qu’après ce n’est plus la peine de se promener.
 
Il y en a que méprisent les sages hommes
Mais qui excitent les petits enfants.
 
Il y en a qu’on appelle des anthologies
Et où l’on a mis tout ce qu’on a dit de mieux sur n’importe quoi.
Il y en a qui voudraient vous faire aimer la vie ;
D’autres après lesquels l’auteur s’est suicidé.
Il y en a qui sèment la haine
Et qui récoltent ce qu’ils ont semé.
Il y en a qui, lorsqu’on les lit, semblent lire,
Chargés d’extase, délicieux d’humilité.
Il y en a qu’on chérit comme des frères
Plus purs et qui ont vécu mieux que nous.
Il y en a dans d’extraordinaires écritures
Et qu’on ne comprend pas, même quand on les a beaucoup étudiés.
 
Nathanaël, quand aurons-nous brûlé tous les livres !
 
Il y en a qui ne valent pas quatre sous
D’autres qui valent des prix considérables.
 
Il y en a qui parlent des rois et des reines,
Et d’autres, de très pauvres gens.
 
Il y en a dont les paroles sont plus douces
Que le bruit des feuilles à midi.
C’est un livre que mangea Jean à Patmos,
Comme un rat ; mais moi j’aime mieux les framboises.
Ça lui a rempli d’amertume les entrailles
Et après il a eu beaucoup de visions.
 
Nathanaël. Quand aurons-nous brûlé tous les livres !!!
 
* “Les études nous suivent à la campagne” (Cicéron, Pro Archia, 16)


GL, 1er février 2012, à Gargilesse
Crédit illustrations :
Image de Georges Lemoine