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Les Enfantina d'André François

Par
Janine Kotwica
 

«Un homme raisonnable ne peut parler de choses raisonnables à un autre homme raisonnable :
il doit s'adresser aux enfants.»
Blaise Cendrars, Petits contes nègres pour les enfants des blancs, Denoël, 1921



Même si André François se considérait plus comme un peintre que comme un illustrateur et même si le grand public voit surtout en lui l'affichiste et le dessinateur de presse, on ne peut qu'admirer l'apport d'André François à l'édition pour la jeunesse que son imagination, son audace et son esprit libertaire jamais pris en défaut ont à jamais bouleversée.




Premiers albums


Dès la fin de la guerre, en 1945, alors qu'il est encore réfugié dans le midi, André François publie, sur un texte d'Auguste Bailly, à Clermont-Ferrand, son premier livre d'enfants, Pitounet et Fiocco le petit nuage. Puis il écrit et illustre C'est arrivé à Issy-les-Brioches qui ne sera publié qu'en 1949. Ces deux petits albums pleins de charme désuet sont influencés encore par le style de Peynet, et un peu aussi celui d'Effel.




En 1947, il dédie à ses deux enfants L’Odyssée d’Ulysse, sur une histoire racontée par le romancier et critique de théâtre Jacques Lemarchand, et y dessine, avec une griffe plus personnelle, ses premières sirènes, créatures mytholoqiues qui auront plus tard une place privilégiée dans ses images comme dans ses rêves.
Dès 1949, il publie, à New York et Philadelphie, Little Boy Brown de Isobel Harris, tendre et délicieusement joyeux, dans l'esprit de ses nombreuses contributions à la presse américaine.
Ces deux très beaux livres méritaient d'être redécouverts et ils devraient reparaître prochainement aux Editions MeMo avec le soin et la qualité propres aux rééditions patrimoniales de cette belle maison.




Sa collaboration jouissive avec Jacques Prévert a donné naissance au Point du Jour, sous la houlette de René Bertelé, en 1952, à Lettre des îles Baladar, pamphlet contestataire, résolument anticolonialiste, marginal dans un contexte éducatif cocardier, qui bouscule les conservatismes et garde une tonique actualité. Après quelques avatars éditoriaux décevants, l'album a été réédité, en 2007, avec sa maquette originelle, par les éditions Gallimard.




L'ami Delpire


On vous l’a dit?, sur un texte poétiquement surréaliste de Jean l'Anselme, inaugure, deux ans plus tard, sa fructueuse collaboration éditoriale avec son ami Robert Delpire. Les images farfelues et désinvoltes de l'album seront reprises par l'édition américaine dans An Idea is like a Bird de Peter Mayer en 1962.
En 1956, les deux complices mettront sur le marché Les Larmes de crocodile, livre-objet judicieux et malicieux qui est devenu, à juste titre, un très grand classique du livre d'enfance. Aujourd'hui encore, il n'a pas pris une ride, et il étonne toujours par la créativité et la pertinence de sa maquette, la liberté du trait, et la drôlerie du texte écrit par André François lui-même. Après la perfection de cette belle édition parue dans la collection Dix-sur-dix, on ne peut qu'être déçu par les médiocres relookages de Faber (1969) ou de Gallimard (Folio Benjamin, 1980 et surtout 2007).




En 1967, Les Larmes de crocodile entre dans l'épatante collection interactive Actibom, si hardie dans son concept, et recevra le Prix Loisirs Jeunes. Il a été réédité, à l'identique de l'étui de 1956, en 2004, pour l'exposition L'épreuve du feu du Centre Pompidou. Il a été réédité depuis et a été traduit en anglais, allemand, japonais, italien, suédois, espagnol et portugais.
C'est encore Delpire qui édite, en 1963, la version française, illustrée de dessins énergiques et audacieux de Tom et Tabby. Le texte anglais est de John Symonds, éditeur de la revue Lilliput à laquelle André François a collaboré et où il a côtoyé Ronald Searle.




Robert Delpire fut aussi l'agent d'André François pour de nombreuses campagnes publicitaires. Ses affiches commerciales (Dop, Citroën) ou culturelles (Télérama, Le Nouvel Obs) ont largement contribué à sa célébrité. En 1966, Delpire a édité, pour les Laboratoires Beaufour, Les Rhumes, petit livre jubilatoire qui fait la promotion de l'Ascorbate de Lysine. Ce bijou inventif et drôle peut être rangé dans les albums pour la jeunesse, même s'il est censé viser un public bien plus large. Cette rareté bibliophilique reparaîtra fort heureusement au printemps 2011.




Aux Amériques


André François qui dessine abondamment pour la presse américaine (59 couvertures pour le New Yorker !), publie aussi beaucoup pour la jeunesse aux Etats-Unis. Il dessine en particulier sur des textes d'écrivains anglais comme Roger McGough (Mr Noselighter, 1976) ou John Symonds, l'auteur de Tom et Tabby (The Magic Currant Bun, 1952, Travelers Three, 1953, William Waste, The Story George Told Me, 1964, Grodge-Cat and the Window Cleaner, 1965).
Ces albums ne sont hélas! pas traduits à ce jour.




En revanche, on trouve encore, sur le marché français Arthur le Dauphin qui n’a pas vu Venise du poète et critique américain John-Malcolm Brinnin (1961). C'est Christiane Abbadie-Clerc qui, en 1997, a la bonne idée de le confier à un éditeur bordelais, Le Mascaret, qui l'a accompagné d'une lithographie devenue célèbre.
Quant à Roland de Nelly Stéphane, il a été édité par Circonflexe en 1992 dans sa collection patrimoniale Couleurs du temps.




Prince de l'humour, André François a été l'auteur-illustrateur de Qui est le plus marrant?, paru, en 1971, à L’Ecole des loisirs, maison d'édition dont il a créé le célèbre logo du papillon-lecteur, album traduit de l'américain (You are ri-di-cu-lous) en français, italien et allemand, mais introuvable aujourd'hui. Arthur Hubschmid, joint par Pierre Farkas, fils d'André François, a pris la sage décision de le rééditer à l'automne prochain.




Jack and The Beanstalk publié par Rita Marshall (Creative Education, 1983) , est la seule incursion d'André François dans l'univers du conte traditionnel. Sa version française, Jacques et le haricot magique (1983), est heureusement toujours disponible dans la collection Grasset-Monsieur Chat dirigée de main de maître par Etienne Delessert qui s'est assuré la collaboration des plus grands noms du graphisme. Il fut aussi publié en allemand (Jakob auf der Bohnenleiter Middelhauve, 1984)




Le voisin des bords de mer


La famille Farkas a acquis, à Auderville, à la pointe venteuse du Cotentin, près d'Omonville où vivent ses amis Prévert et Trauner, une maison de grès ensevelie sous les hortensias. C'est ainsi qu'André François a fait la connaissance de l'écrivain-éditeur François David, installé à Landemer. Il a colaboré avec lui, créant en particulier une affiche inspirée et deux livres bouleversants :
Le Fils de l'ogre (Motus – Hoebecke, 1993) et Le Calumet de la paix (Lo Païs, 2002), sont d'une exceptionnelle inventivité graphique, mais plus sombres, grinçants, presque dérangeants.




Au fil des ans, l'humour d'André François, que sa femme Marguerite, décédée ce 5 mars 2011, appelait très justement «la pudeur des tragiques», perd sa grâce naïve, se teinte de désespoir et s'éloigne, même dans ses publications pour la jeunesse, de l'univers d'enfance.

Une œuvre passionnante et diverse, en grande partie méconnue, qui mériterait d'être promue et rééditée comme l'est celle de Jacques Prévert, son complice d'un livre exceptionnel...


Janine Kotwica


 30 mars 2011
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