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Livre de jeunesse et francophonie

Par
Paul Dupouey
Des developpements nouveaux, des obstacles persistants.

Luc Pinhas, ancien élève de l'ENS de Saint-Cloud, est maître de conférences à l'université de Paris 13 - Villetaneuse et directeur adjoint de l'UFR des sciences de la Communication. Il codirige le master « commercialisation du livre ». Ses travaux portent sur la socioéconomie et l'histoire de l'édition et de la librairie françaises et francophones. Il est membre du Laboratoire des sciences de l'information et de la communication (LabSic) de l'université de Paris 13, membre associé du Centre d'histoire culturelle des sociétés contemporaines (CHCSC) de l'université de Versailles Saint- Quentin-en-Yvelines et il participe aux travaux de la Maison des Sciences de l'Homme de Paris-Nord. Son regard est donc extérieur au paysage de la recherche en littérature de jeunesse stricto sensu. Nous lui avons demandé de nous présenter l’ouvrage « Situations de l'édition francophone d'enfance et de jeunesse » sur l’édition francophone de jeunesse paru en mai chez L'Harmattan qu’il a dirigé et qui s'inscrit dans les travaux du réseau Littératures d'enfance de l'AUF. A cette occasion il évoque également le colloque qu’il a organisé fin juin à la Maison des sciences de l'Homme Paris Nord sur le thème de l'édition de jeunesse francophone face à la mondialisation.

- Vous avez publié un ouvrage sur l’édition francophone de jeunesse et ceci juste avant d’organiser en juin dernier un colloque sur le même sujet. Comment s’articulent ces deux projets ?
Je m’intéresse depuis plusieurs années à l’édition francophone de jeunesse. J’ai déjà publié un premier livre sur ce sujet à l’Alliance des Editeurs Indépendants pour un Autre Monde*.
L’ouvrage « Situations de l'édition francophone d'enfance et de jeunesse » est un ouvrage collectif qui réunit 16 signatures de tous horizons : Afrique, océan Indien, océan Pacifique, Caraïbes. Il est, pour l’essentiel, plutôt descriptif et propose un état des lieux. Le colloque, organisé au mois de juin avec Jean Foucault et Michel Manson, était plus problématique.

- Quelles sont les grandes lignes de cet état des lieux ?
Il me semble que l’on a affaire à une édition francophone de jeunesse de plus en plus plurielle.
Dans les années 90, hors du Québec, de la Suisse et de la Belgique, ce secteur d’édition était très peu représenté, parfois dans un secteur global de l’édition lui-même peu développé.
Les enfants n’avaient jusque-là à lire que des ouvrages correspondant peu à leur réalité quotidienne.
Depuis 15 ans, les éditions des pays du Sud se développent. Elles se professionnalisent. De jeunes éditeurs apparaissent qui s’intéressent aux jeunes lecteurs. C’est le cas au Maghreb, en Afrique, à la Réunion, à Maurice, en Caraïbe française, en Nouvelle Calédonie.
Il faut cependant introduire une distinction entre les pays francophones du Sud et ceux du Nord où l’édition pour la jeunesse est parfois très ancienne : la Suisse dès le XVIIIème siècle, la Belgique au XIXème, le Québec au XXème siècle.
Le cas de la Belgique est toutefois différent dans la mesure où il y a une édition de jeunesse souvent pionnière, antérieure à l’édition française notamment. Mais ses éditeurs ont souvent, désormais, été rachetés par de grands groupes français, ou espagnols maintenant.

- La notion de littérature de jeunesse est-elle partout la même ?
Dans certains pays, c’est autour du parascolaire qu’elle s’est développée dans la mesure où le livre scolaire était ou est encore étatisée et où le fait de lire, pour un jeune, était ou est encore identifié comme « scolaire ». Ailleurs, se développe une édition de jeunesse très proche de la nôtre, avec ses différents genres : documentaires, contes, romans etc. soit le même spectre éditorial.
Ce qui caractérise toutefois cette édition est la volonté de se réapproprier la mémoire collective : contes et légendes locales reprennent une grande place, avec souvent une intention éducative.

- Ou militante ?
Les éditeurs parleraient plutôt d’éducation. Car apparaissent également des thèmes comme celui du SIDA. Des sujets tabous subsistent néanmoins selon les pays.

- Et la notion de francophonie ?
La question est, on le sait, complexe. J’ai retenu les pays où le français occupe une place concrète dans la vie culturelle et éducative, place statutaire et/ou véhiculaire. C’est pourquoi, par exemple, l’Indochine est absente.
En fait, on devrait peut-être parler des francophonies car il y a une réelle diversité des langues, diversité souvent réclamée par les auteurs eux-mêmes. Les écrivains francophones rejettent l’ancienne francophonie. S’ils veulent utiliser le français c’est en se l’appropriant.
Même chose chez les éditeurs. On sait, par contre, que les auteurs français ont tendance à s’exclure de la francophonie et, en même temps, corsètent la langue.

- Quelle est la qualité technique de ces ouvrages ?
Pendant longtemps cette édition francophone locale a souffert d’un problème de qualité technique et graphique, surtout au niveau de l’impression. Or on assiste à une professionnalisation rapide, grâce, notamment, à un effort de formation soutenu, par exemple, par le Bureau international de l’édition française (BIEF). De nombreux éditeurs publient des ouvrages de qualité équivalente à celle des livres français, par exemple Ruisseau d’Afrique, Cérès, L’Ibis Rouge. Un éditeur du Rwanda a même obtenu un prix à Bologne. Cette phase de professionnalisation des éditeurs des pays du Sud demanderait également à être soutenue par des politiques publiques locales et par l’Organisation Internationale de la Francophonie.
Cette professionnalisation touche également les illustrateurs. Une association africaine d'illustrateurs s’est ainsi créée dont le siège est à Bruxelles avec des ateliers de dessin, comme il existe des ateliers d’écriture.

- Peut-on parler d’un marché spécifique du livre francophone ?
C’est le problème pour les pays du Sud. Dans beaucoup de ces pays la littérature de jeunesse n’est pas vraiment reconnue et les auteurs du secteur littéraire traditionnel ne s’y intéressent pas ou peu. La littérature de jeunesse n’a donc pas encore trouvé sa place. Les écrivains pour adultes n’écrivent pas pour les enfants. Mais les choses commencent à évoluer sur ce plan aussi.
Cette édition est en plus fragile sur le plan économique. Hormis un petit nombre d’exception les éditeurs en question ont le plus grand mal à se faire diffuser en France d’un pays à l’autre.
Il faudrait que se développent des coéditions Sud-Sud et Sud-Nord. Des solutions coopératives internationales seraient aussi souhaitables. Ce n’est guère le cas. Des expériences existent cependant avec Ruisseau d’Afrique, par exemple, très dynamique en littérature de jeunesse. Il faut mentionner aussi Afrilivres sur Internet qui regroupe 50 éditeurs africains et de l’océan Indien. Il y a eu une expérience avec un petit diffuseur français, mais sans suite. On trouve peu de littérature francophone de jeunesse dans les librairies françaises.

- Internet va-t-il changer les choses ?
C’est la question que l’on peut se poser. Il y a du potentiel de ce côté-là. Encore faut-il aller sur les sites promouvant ces ouvrages et les donc les connaître. Il y a un besoin de sites fédérateurs. Mais ils ne résoudraient de toute façon pas tous les problèmes. Dans bien des pays Internet est encore aléatoire, ne serait-ce qu’en raison des coupures d’électricité et du coût des ordinateurs. Et encore faudrait-il qu’il y ait après un réseau de libraires pour pouvoir y acheter les ouvrages.
Le développement de ce marché qui correspond à une réelle attente est également freiné par des facteurs comme le manque d’intérêt des milieux institutionnels, les problèmes de diffusion et l’étroitesse des marchés locaux, les coûts de traduction mais aussi le fait que le protocole de Naïrobi, par exemple, n’est pas toujours respecté : de nombreux pays taxent encore lourdement les intrants indispensables comme le papier.
Il y a donc encore un important travail à fournir pour les médiateurs traditionnels. Un des buts de ce livre est de faire prendre conscience de ces ressources aux bibliothécaires qui ont assurément un rôle à jouer en cette matière et les moyens nécessaires.

- Et dans les pays du Nord ?
La Belgique, je le répète, avait ouvert ce secteur de façon ancienne, avant la France. Mais les productions des deux pays ont tendance à se confondre compte tenu des rapprochements capitalistiques. En Suisse, quelques éditeurs proposent des ouvrages de très grande qualité mais souffrent souvent d’un problème de taille du marché.
Au Québec, enfin, avant les années 60, l’édition de jeunesse francophone était très peu développée, comme l’édition tout court d’ailleurs. La « révolution tranquille » a changé les choses. S’est ainsi constitué un secteur de jeunesse tout à fait florissant et qui a même réussi à s’implanter en France avec des maisons comme Les 400 coups, Dominique et Cie, La Chouette. Ce secteur développe activement une politique de coédition et de cession de droit hors francophonie (en Asie et notamment en Corée).

- Quelle problématique avez- vous abordé à l'occasion du colloque de juin ?
La problématique est clairement celle de la possibilité de préserver une "bibliodiversité" éditoriale (le mot et le concept ont été lancés par l'Alliance des éditeurs indépendants et largement repris depuis 2 ou 3 ans), partant une diversité des contenus (ici jeunesse) face à la mondialisation et à la concentration de l'édition internationale.


* Éditer dans l’espace francophone, préface de Jean-Yves Mollier, Paris, Alliance des éditeurs indépendants, novembre 2005, 284 p. Luc Pinhas a également publié, Aux origines du discours francophone : Onésime Reclus et l'expansionnisme colonial français (dans Communication & langages, n° 140, juin 2004), L’édition francophone dans les marges (dans Figures de l’éditeur, Paris, Nouveau Monde éditions, novembre 2005), et L’accès à la parole : la publication politique des éditeurs indépendants (avec David Douyère, dans Communication & langages, mars 2008). Il a également collaboré à l'Histoire de la librairie française depuis 1810 (à paraître aux éditions du Cercle de la librairie, courant 2008)
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