Toujours pas de décision !

Par
Étienne Delessert
 

Des nouvelles? en voici...

Mme de Pingon, le juge qui a décidé de surseoir le 15 novembre au transfert de Ricochet en Suisse, recommandé par Me Brucelle, le liquidateur-Mandataire Judiciaire, a été mutée!
Son remplaçant depuis une semaine, M. Ludovic Mourgue a donc dû prendre connaissance du dossier. On repart à zéro...
Et Mme Philipps, procureur de la République, qui nous avait formellement promis une réponse avant le 31 janvier, se replie maintenant derrière des considérations dont nous ignorons la motivation.

L'Ambassade de Suisse à Paris nous appuie complètement.

Et nos partenaires de l'Institut Suisse Jeunesse et Médias, qui devraient nous accueillir, avec l'aide officielle du Gouvernement Suisse, acceptent de nous donner encore quelques jours. Ils ont évidemment très envie de poursuivre comme prévu les activités de Ricochet. Mais l'impatience grandit, à juste titre.

Constat: une plainte grotesque, absolument diffamatoire, paralyse une Justice française pour le moins désinvolte.
Et le site ricochet-jeunes.org risque de disparaître. Malgré tant de messages de soutien d'organismes officiels, de médiathèques et de lecteurs concernés, et une vive réaction de la presse française, belge et suisse, témoignages qui ont bien montré l'importance de notre travail.
Voilà pour aujourd'hui.
De ma "lointaine" Amérique

Etienne Delessert
Président du CIELJ, dont dépendait ce site.
Lundi 7 février 2011










Le site internet Ricochet, la juge, le liquidateur et l’avenir de la culture pour nos enfants.
Le site internet Ricochet-jeunes.org va-t-il disparaitre ?


Ricochet-jeunes.org, le site de référence en matière de littérature jeunesse francophone, est menacé de disparition alors même qu’un Institut suisse à but non lucratif, reconnu d’utilité publique et poursuivant les mêmes objectifs, est prêt à le reprendre, en s’engageant à en supporter les frais de fonctionnement sur le long terme.

Les subventions disparaissent
http://www.ricochet-jeunes.org reçoit près de 3 millions de visiteurs par an (bibliothécaires, enseignants, auteurs, éditeurs et parents...). On peut y accéder gratuitement pour lire les critiques de livres récemment parus (très suivies) et entrer en profondeur dans les différentes rubriques formant un panorama complet de la littérature pour la jeunesse des vingt dernières années, de ses auteurs, éditeurs et illustrateurs. C’est aussi une base de données unique (39 000 livres référencés, 4 000 fiches illustrateurs/auteurs, 400 fiches éditeurs). L’Association (CIELJ) qui a développé le site, créé en 1994, a été longtemps subventionnée par ses adhérents, l’Etat et des collectivités territoriales.
En 2009 et surtout en 2010, les financements publics s’assèchent; aucune perspective ne se dégage pour 2011. Résultat de la crise, mais surtout des politiques budgétaires considérant la culture comme un luxe, de collectivités territoriales accablées de nouvelles charges, mais aussi durement touchées par des emprunts hasardeux et parfois une gestion catastrophique. La municipalité de Charleville-Mézières où le siège de Ricochet est installé depuis de nombreuses années se montrera particulièrement irresponsable dans ses relations avec l’Association.

Les dirigeants de Ricochet, dès le début de 2009, se mettent donc à la recherche de nouveaux financements tous azimuts: ils prennent contact de façon approfondie avec la municipalité de Moulins (qui possède le Centre de l’Illustration), la municipalité de Troyes (qui organise un Salon régional du livre pour enfants), le Centre National du Livre, le Ministère de la Culture, la Bibliothèque Nationale de France, la Bibliothèque du Congrès à Washington (Etats Unis), et trois grandes entreprises françaises, souvent dans le cadre de leur fondation. Si certaines de ces institutions se déclarent prêtes à financer des projets précis en 2011, aucune ne peut se porter à notre aide en 2010, ni apporter un soutien pour les années à venir afin de couvrir les frais de fonctionnement. Des contacts sont alors pris avec L’Institut Suisse Jeunesse et Média (ISJM).

Liquidation judiciaire
En juillet 2010, les dirigeants se trouvent contraints de mettre le CIELJ (Centre International d’Etudes en Littérature pour la Jeunesse) cette Association qui a développé le site en liquidation judiciaire, car les paiements contractuels se font attendre depuis 6 mois; liquidation prononcée par le Tribunal de Grande Instance par jugement du 20 septembre. Le retrait des financeurs historiques marque donc l’arrêt des activités de l’Association, entrainant la suppression de poste de 2 salariés.
Il est à noter que les dirigeants ont demandé cette liquidation en anticipant les difficultés, c'est-à-dire en veillant à ce que salariés et fournisseurs soient payés (il reste 18 000 euros sur le compte bancaire).
La préoccupation première devient alors de sauver le site Ricochet.

Un candidat à la reprise
Dans leur recherche de financement à court et à long terme, les dirigeants mettent en avant le critère qui fait la « valeur » du site : son indépendance vis à vis des enjeux commerciaux et le respect de la ligne éditoriale définie, il y a longtemps, par ses fondateurs, Janine, Jean-Marie Despinette et Henri Hudrisier de l’Association Loisirs Jeunes:
Mettre en avant toute œuvre qui développe le sens du respect de la dignité de la personne, de la tolérance des convictions morales et religieuses et qui encourage une réflexion personnelle du jeune lecteur face à son propre destin ;
Déceler, dans une production florissante, la nouveauté, la création ;
Mettre en valeur le travail des écrivains, des poètes, des graphistes et des illustrateurs, des éditeurs et concepteurs de livres ;
Soutenir un réseau de chercheurs international et entretenir une base documentaire à leur destination.

L’Institut Suisse Jeunesse et Média (ISJM) répond favorablement à notre sollicitation et s’engage à financer les charges correspondant à l’activité du site. Organisation à but non lucratif, reconnue d’utilité publique, l’Institut est soutenu par l’Office Fédéral de la Culture du gouvernement suisse. Actif depuis plus de quarante ans dans le domaine de la culture pour les enfants et de la littérature pour la jeunesse en particulier, l’Institut suisse Jeunesse et Média (ISJM) apparaît comme un partenaire légitime pour permettre au projet Ricochet de poursuivre son rayonnement au niveau européen et international.
l’ISJM est certifié Zewo qui est un label de qualité suisse pour les institutions d’utilité publique.

Sauvé, le site Ricochet ?
Cette solution est recommandée à l’unanimité par le Conseil d’Administration de l’Association (le CIELJ, créé en 1988, qui a développé le site).
Le Mandataire judiciaire, chargé par le Tribunal de la liquidation, retient officiellement cette solution et rédige une requête auprès de la juge pour ordonner la cession de gré à gré du site Ricochet à l’Institut suisse Jeunesse et Média pour un euro symbolique. En attendant la décision du Tribunal, et pour éviter que le site ne disparaisse, l’Institut accepte de financer les frais d'hébergement et la mise à jour quotidienne du site.

"La solution envisagée aujourd’hui, avec la participation du Gouvernement Suisse, me paraît déterminante pour assurer l’avenir et l’indépendance éditoriale de ce site reconnu tant par les professionnels que par le public" déclare Mme Hedwige Pasquet, Présidente de Gallimard Jeunesse.
Et la fondatrice, Janine Despinette, appuie inconditionnellement le transfert en Suisse: "J’ai suivi de près les négociations qui n’ont, hélas, pas abouti en France, et je me réjouis donc que Ricochet puisse continuer son activité rayonnante depuis la Suisse. Mes vœux accompagnent la nouvelle équipe. Je continuerai personnellement des interventions ponctuelles comme critique internationale".
Le site est sauvé, pense-t-on.

Des obstacles inattendus guidés par des motivations douteuses
Mais lors de l’audience du tribunal de Grande Instance, destinée à statuer sur cette requête le 15 novembre, la Juge commissaire, Madame Anne de Pingon, dévoile le fait qu’une plainte pénale a été déposée par Me Médeau, conseil d’un des deux salariés, M. Iberraken. Cette plainte surprend particulièrement Me Brucelle, le Mandataire judiciaire, qui n’a pas été averti !
Mme de Pingon prend alors une ordonnance de sursis à statuer dans l’attente du jugement de la juridiction pénale.
Il est à noter que cette plainte n’avait été communiquée à aucune des parties alors que son existence est la seule motivation de l’ordonnance !
La situation est donc particulièrement pernicieuse: cette plainte, plus que douteuse quant à ses objectifs, voire calomnieuse, a entrainé un délai à la décision de la juge, de nature à provoquer la disparition du site à très court terme. En effet, l’Institut suisse perd patience, à juste titre, et risque de suspendre son soutien à fin janvier, entrainant l’arrêt immédiat et définitif du site.

Des allégations calomnieuses La plainte déposée par l’ancien webmaster laisserait entendre de louches intérêts financiers de la part des dirigeants et des malversations dans la gestion de l’Association. Or les comptes ont été dûment acceptés par le Conseil d’Administration formé de personnalités des Ardennes, et certifiés par le Cabinet Dumont, société d’expertise comptable respectée.
Le site Ricochet n'a aucune valeur commerciale, ce qui explique qu'il ne soit d'ailleurs pas comptabilisé dans les actifs de l'Association.
Le site est entièrement gratuit et des règles évidentes de déontologie interdisent que les éditeurs de livres de jeunesse ne financent directement ou indirectement le site.
Le site ne rapporte donc rien et coûte plus de 160 000 euros par an, ce qui explique que le retrait progressif de l'administration publique qui le finançait en France, ait mis en péril son activité.
Toutes les pistes ont été vainement explorées pour rechercher en France une nouvelle ville d'accueil. Aucune des démarches n'a abouti en raison du coût annuel de l'opération.
Depuis plus de 2 ans, le Président de l’Association, Etienne Delessert, lui-même auteur et illustrateur bien connu, supervise pro bono le contenu éditorial au travers d’un réseau international de professionnels, auteurs, illustrateurs et chercheurs afin de favoriser l’accès à la lecture des enfants, constructeurs du monde de demain, et de présenter le meilleur de la création francophone tout en favorisant la diversité culturelle.
Dans un monde où l’espace consacré dans les médias à la littérature pour la jeunesse rétrécit de mois en mois, le site Ricochet vient à prendre une dimension inégalée.

Quelle solution pour sauver Ricochet ?
Devant ces informations, il reste à souhaiter que le Tribunal entende les arguments moraux et culturels des animateurs de la littérature jeunesse, et que Madame la Juge veuille bien convoquer les parties le plus rapidement possible pour qu'une issue positive puisse être trouvée.
Nous souhaitons donc vivement que M. le Procureur de la République prenne position et décide sans tarder d’annuler cette plainte fantaisiste.
Aucune autre issue procédurale ne peut être en effet considérée, à la fois parce que les anciens dirigeants de CIELJ n'y ont aucun intérêt économique et parce qu'ils ne sont pas recevables à intenter un recours.
Le sort de Ricochet-jeunes.org, dans les jours qui viennent, dépend du bon jugement de Mme Anne de Pingon.

Pour le CIELJ
Son Président
Etienne Delessert



Commentaires d’Etienne Delessert

Les victimes du système de financement des Associations culturelles en France
Le système de financement des Associations culturelles en France est cassé. Et, avec Le Salon du Livre de jeunesse de Montreuil, et l’Association Livres au Trésor, Ricochet risque d’en être l’une des premières victimes marquantes. Et pourtant la bonne solution solide a été trouvée, qui obtient l’appui du Gouvernement suisse.
Le sort de Ricochet est entre les mains de Mme Anne de Pingon, Juge commissaire, du Procureur de la République et de Me François Brucelle, Mandataire judiciaire à Charleville-Mézières.
Et le critère du choix du repreneur serait, paraît-il, strictement d’ordre financier, à l’exclusion de tous aspects culturels ou de projet viable !

Le temps passe
Les semaines passent malgré les appels lancés au juge par notre défenseur Me Dominique Tricaud. Il est impensable qu’une maison d’édition quelconque reprenne un site ouvert à la production de tous les éditeurs, petits et grands. Ce conflit d’intérêt, fondamental, a été relevé par des éditeurs qui cesseraient alors tout service de presse au site ainsi dévoyé (en particulier Gallimard Jeunesse, dont la Présidente, Hedwige Pasquet, menace de saisir le Syndicat National des Editeurs (SNE) de ce litige : sans service de presse de tous les éditeurs de langue française, le site se meurt, puisque notre vaste public vient principalement pour découvrir les critiques des nouveaux ouvrages.

Message des Editions du Ricochet :
Nous tenons à la pérennité du site ricochet-jeunes.org. Comme d'autres, nous avons participé à sa vie, notamment en lui adressant nos services de presse.
Le nom de notre maison et notre marque ont jusqu'à présent coexisté avec lui de manière pacifique.

Dès lors, nous ne comprenons pas et contestons l'accusation soudaine d'usurpation du nom Ricochet, gratuite et infondée. Oui, nous sommes une petite maison, rigoureuse et passionnée. Nous respectons la chaine du livre, assurons une diffusion efficace de nos auteurs en France et à l'étranger, et contribuons à défendre la diversité de l'offre éditoriale de création. Notre dessein n’est pas celui que nous prête M. Delessert, sans nous avoir interrogées.

Nous avons demandé à l'administrateur judiciaire des informations afin de consulter nos partenaires institutionnels et de rechercher des solidarités avec nos confrères, pour imaginer un projet qui assure la survie du site en garantissant la totale indépendance du comité de rédaction. A ce jour nous restons sans réponse. Chacun appréciera.


En date du 17 janvier 2011 Les Editions du Ricochet, représentées par Mmes Marguerite Tiberti et Natalie Vock-Verley, ont convenu avec Etienne Delessert, Président du CIELJ, de retirer leur demande de renseignements sur le dossier du site Ricochet, qui avait été déposée auprès de Me Brucelle, Mandataire judiciaire.
Et par courriel du 18 janvier les Editions du Ricochet ont confirmé qu'elles sont disposées à ne pas déposer de projet concurrent à la reprise du site Ricochet par l'Institut Suisse Jeunesse et Médias, recommandée officiellement par le mandataire judiciaire, Me Brucelle, afin de ne pas entraver l'aboutissement de la solution recherchée. De plus elles remarquent que leur démarche était guidée par la seule volonté de préserver ce site et l'indépendance de son comité de rédaction, et qu'elles s'effacent pour ne pas obérer notre projet en ce sens.

Je dois ajouter que je regrette les propos vifs que j'ai écrits dans mes commentaires au sujet de ces Editions.

J'avais été surpris que Mmes Tiberti et Vock-Verley ne m'aient pas directement contacté pour obtenir les renseignements qu'elles demandaient, et que leur lettre ait ainsi retardé le transfert en Suisse, au risque de provoquer purement et simplement la disparition de ricochet-jeunes.org.

Je rappelle que pendant plus d'un an nous avons cherché une solution en France, sans aucun résultat, alors que l'Institut s'est proposé de reprendre ce site francophone et de le faire vivre, avec l'aide du gouvernement suisse.

Dans ce climat difficile, où il nous est apparu nécessaire d'alerter la presse, nos lecteurs et l'opinion publique, je me suis permis d'annoncer ma surprise et mon anxiété, en les exprimant par des commentaires qui avaient nullement but de porter préjudice aux activités des Editions du Ricochet. Je m'en excuse, et puis assurer que la rédaction du site considérera, comme d'habitude avec attention et équité, les ouvrages de ces Editions qui leur seront présentés. Il faut que je relève enfin que nos structures sont complètement indépendantes, que nos relations ont été jusqu'ici cordiales et professionnelles, et nos champs d'intervention bien distincts, car le site n'a pas l'intention de publier de livres pour enfants.

C'est une étape importante qui est franchie.

Etienne Delessert
Président du CIELJ


Il faut bien le dire tout haut : le système de financement des Associations culturelles par les deniers publics est bel et bien cassé. Il va falloir complètement changer ce système et recourir exclusivement à des sponsors, à l’américaine : la France n’y pas préparée! Cela explique clairement un transfert vers la Suisse, où l’Office Fédéral de la Culture et l’Institut Jeunesse et Médias ont reconnu l’intérêt incontesté du site pour la Francophonie, et ont mis à sa disposition de quoi poursuivre et développer ses activités culturelles pour la jeunesse.
Le financement public français est exsangue. Un point c’est tout.
"Le site vaut des millions !" affirme le plaintif. Oui, des millions de visiteurs, mais ne rapporte pas un sou ! Et il faut le faire tourner chaque jour. Ce qui demande un budget annuel conséquent.

Le sujet : le sens critique des enfants
Dans une situation de crise financière globale, il paraît indispensable de proposer à nos enfants, et de façon indépendante des circuits commerciaux, des livres qui éveillent leur imagination, leur sens critique aussi, pour qu’ils puissent à leur tour prendre leurs responsabilités.
Il ne s’agit pas seulement de livres et de lecture, mais de la survie intelligente de la nation.
Ricochet doit rester un instrument respecté internationalement au service de la Francophonie. Hedwige Pasquet insiste: "Alors que les médias accordent, hélas !, de moins en moins de place aux critiques des livres pour la jeunesse, www.ricochet-jeunes.org prend une importance évidente pour tous ceux qui créent et publient des livres et assurent ainsi le rayonnement de la culture francophone".


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