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Un clandestin aux paradis

Vincent Karle
D'une seule voix
Roman
à partir de 13 ans
: 9782742783632
7.80
euros

L'avis de Ricochet

Matéo, le narrateur, a quinze ans et il vit dans un quartier plutôt tranquille, Les Paradis. Il commence son récit ainsi : « C’est ma faute. Ce qui est arrivé, je ne l’ai pas voulu. » Il raconte ce qui s’est passé, ce qu’il a fait et n’a pas fait. Lorsque Zaher est arrivé au lycée, il ne l’a pas accepté, s’est battu avec lui. Zaher est un réfugié afghan, arrivé clandestinement, donc sans papiers, un « étrange étranger », qu’il a d’emblée surnommé Le Taliban, parce que « l’Afghanistan, c’est les potes à Ben Laden qui ont fait sauter les tours à New York, alors nous on se méfiait, quoi, c’est normal. » Puis Matéo et Zaher deviennent amis, écoutent les mêmes musiques, travaillent ensemble car Zaher est très doué pour les langues. Un jour, pendant un cours d’histoire, les gendarmes débarquent brutalement avec des armes et des chiens et fouillent les élèves au corps. Matéo prend peur car il a du cannabis sur lui. Mais les gros ennuis, c’est Zaher qui les récolte : il est arrêté, accusé de trafic et expulsé avec sa famille, sans ménagement. Matéo doit vivre avec ce déchirement, cette injustice, ce manque d’humanité, les ennuis aussi avec la justice, le sentiment de ne s’être pas montré à la hauteur.
Ce court roman, bien écrit, aborde des questions qui sont aujourd’hui au cœur de nos sociétés : immigration, intégration, clandestinité, dignité humaine, différence … Il invite les lecteurs à s’interroger sur leur rapport au monde et, plus largement, sur la place de l’humain aujourd’hui, souvent broyé par la machine économique libérale et contraint d’aller voir ailleurs si c’est moins pire. Les personnages sont crédibles et l’analyse de leur psychologie est fine et sensible. Excellent pour réfléchir et débattre. Pour lire à haute voix aussi.

Quelques réflexions de Matéo, à la fin du roman :
« C’est pas une question de papiers. Nous tous ici, on a des papiers, et pourtant ils nous traitent comme des clandestins, et à la fin on se sent clandestins. Si c’est ça, alors les clandestins ils sont beaucoup plus nombreux qu’on croit.
Les clandestins c’est nous tous.
C’est tous ceux qui savent pas ce qu’ils veulent faire plus tard.
Et aussi ceux qui font pas ce qu’ils avaient dit qu’ils feraient plus tard.
C’est les étranges qui veulent devenir français.
Les Français qui veulent devenir étrangers.
Les jeunes qui se comportent pas comme des vieux.
Les flics qui se comportent pas comme des flics.
Les profs qui sont du côté des élèves.
Les sans-papier, sans métier, sans bureau, sans orientation.
Ceux qui ont pas besoin de tout ça.
Ceux qui ont peur, et ceux qui ont pas peur.
C’est tout ceux-là, les clandestins.
Du jour au lendemain, on est tous des clandestins. »