Aller au contenu principal

Un aigle dans le dos

Sélection des rédacteurs
Album
à partir de 3 ans
68.00
euros

L'avis de Ricochet

Les apparences sont parfois trompeuses. On croyait que Christian Voltz (après Toujours rien ?, Stromboli ou encore Patates) allait, à chaque nouvel ouvrage, nous donner la même chose à voir. Certes on aime et on en redemande, mais on se posait tout de même la question sur ce jeune auteur-illustrateur ; n'était-il pas pris à son propre piège, celui d'avoir un style trop affirmé, fait de bouts de ficelles et de matériaux de récupération., celui de ne pouvoir dépasser ce qu'il avait déjà publier.

Et c'est la bonne surprise. Ce nouvel album, Un aigle dans le dos, nous ravit, nous donne d'autres perspectives. Christian Voltz a appris à renouveler sa palette, à jouer avec de nouveaux espaces, à attirer l'œil où normalement rien ne se passe. Si ce nouvel ouvrage est en apparence (mais seulement en apparence) construit de la même manière que les précédents, la construction et l'enchaînement des images a véritablement changé. La mise en scène prend le dessus, les cadrages changent notre façon d'aborder la lecture.

Tout commence par une chanson, celle d'Edith Piaf (que les adultes connaissent bien), celle des bottes de moto et d'un aigle dans le dos. Dans un décor des années 50, la chat Max semble être la terreur du quartier. Il sait faire peur. Ebouriffé, teigneux, ce gros matou écoute de la musique trop fort, n'en a que pour ça moto, boit de l'alcool, roule trop vite. En un mot, un chat loubard (c'est que nous annonce la voix de la radio), et les réflexions, les "on dits" fusent à son sujet. Entre deux adages bien marqués (le cadre de la maison), nous suivons, presque en même temps, sur une double page, une petite souris, poursuivant son chemin le long d'un trottoir sans fin. Au fur et à mesure de la lecture, on pense bien que cette souris naïve et ce gros chat répugnant vont finir par se rencontrer. On craint la catastrophe. Arrivée près d'une palissade, on redoute que la souris ne se fasse croquer toute crue. Mais le apparences sont trompeuses, ces deux là sont les meilleurs amis de monde....
Christian Voltz abuse ici des détails, que ce soit pour les journaux, pour la tapisserie à carreaux ou pour les affiches. Dans un décor minimaliste, les histoires se croisent et s'entrechoquent. Le cadre des images a aussi son importance, et tout semble concourir à un terrible épilogue. Mais Christian Voltz sait également jouer sur les mots, insérer de petits personnages (tel la mouche), qui dévient l'intrigue de son sens premier, pour apporter tout l'humour dont raffole le lecteur. Et les effets de surprises n'en sont que mieux.

Autour de la rumeur et des apparences, Christian Voltz réussit parfaitement, avec ce nouvel album, à jouer entre la narration et ses images. Les apparences sont souvent trompeuses, foncer dévorer "cet aigle dans la dos"...et espérons qu'il reviendra très bientôt.…