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Date de publication
Age-cible

Toujours souvent parfois

Sélection des rédacteurs
Album
à partir de 4 ans
: 9782360111091
14.00
euros

L'avis de Ricochet

C’est à une très belle et émouvante promenade intérieure que nous invitent dans cet album le duo d’auteurs Simon Priem et Emmanuelle Halgand. Une extraordinaire association texte-image sert l’évocation des mécanismes du souvenir, et de l’alchimie de la mémoire.

« Il y a toujours un ciel par la fenêtre ». Dès les contreplats illustrés du motif de la fenêtre éclairée de jour, puis de nuit, le symbolisme du poème en prose de Simon Priem s’impose. L’auteur évoque les traces, un certain ciel, un oiseau, une fleur, un papillon, qui deviennent des déclencheurs de mémoire. Le vieil homme au centre de cette histoire n’apparaît pas tout de suite, seuls les marqueurs semés par Emmanuelle Halgand permettent de l’imaginer, une caisse à outils, une casquette ; mais dès qu’il apparaît, le lecteur le reconnaît, c’est de lui qu’il s’agit, ce sont ses pensées qui s’égrènent au fil des premières pages.

L’illustratrice joue d’une association de techniques pour figurer l’interpénétration du dehors et du dedans du décor, et dans l’esprit du vieux monsieur. Un jeu de nuages et d’ombres, le ciel en fond de robe pour les enfants d’autrefois, cet arbre fantomatique traité en transparence qui hante l’image comme une ombre chinoise. Les fonds travaillés des tapisseries à l’intérieur, de l’air et de la lumière à l’extérieur, qui se mélangent, et cette fenêtre ouverte ou réfléchissant à la fois le dehors et le dedans : tout a un air de transparence.

Dans cet entre-deux, des formes de papier découpées sont collées comme dans un album-souvenir : des silhouettes, des objets mémoriels comme les portraits photographiques, ou pas comme la casquette posée sur le buffet. L’ensemble fonctionne comme un jeu entre le réel et ce qui le fut.

Et puis, comme des pastilles de présent, les motifs peints tangibles de l’oiseau, des fleurs, du papillon, du chat, du chien bordent de leur matité réaliste la représentation textuelle et illustrée de l’abandon du vieux monsieur à l’évanescence des souvenirs.

Une collection d’adverbes de temps guide la lecture, annoncée dès le titre. Une collection, c’est aussi du souvenir ; Simon Priem l’exprime par le choix de ce lexique qui installe une atmosphère où douceur et nostalgie prédominent. Douceur des moments heureux, légèreté des motifs, fleur, oiseau, papillon qui grâce à Emmanuelle Halgand, traversent le temps. Nostalgie dans les gestes répétés comme un rituel qui sont autant de façons de convoquer le souvenir : le vieux monsieur qui répare toujours une chaise avant que la nuit ne tombe, les soirées sous l’arbre sur les chaises longues réelles ou fantasmées.

Le vieil homme s’abandonne à la nuit comme à ses souvenirs, il se fond dans leurs ombres, et dans celles des hautes herbes sur l’image, les yeux fermés, tourné vers ses pensées, et alors, « il repense au rien […] toutes ces choses [qui] durent pour toujours ». Les motifs illustrés du fond se mélangent, passé et présent, et les représentations se superposent d’une page à l’autre, floutant la conscience : ici le vieux monsieur et son chat, la fleur de pensée entre eux et la page suivante, les silhouettes d’autrefois, penchées sur l’oiseau et la fleur. Comme une incantation, les formules embrassent le récit : « À côté du temps et de l’oubli, on finit toujours par la trouver », « À côté du temps et de l’oubli, elles attendent qu’on les retrouve » répète le poète. En reprenant les mots comme dans un conte, il referme son œuvre comme une boucle qui sertit le monde des souvenirs, tout en ménageant toujours une échappée : « Il y a toujours un ciel par la fenêtre. »

Une magnifique expérience de lecture, une évocation du grand âge pleine de tendresse et d’empathie, et pour ma part, une réminiscence du beau poème de Victor Hugo, « Demain dès l’aube… ».

Présentation par l'éditeur

Il y a toujours un ciel par la fenêtre...
Parfois, il y passe un oiseau qui souvent va se poser sur un arbre...

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