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Tant que nous sommes vivants

Sélection des rédacteurs
Roman
à partir de 13 ans
: 9782070653799
17.00
euros

L'avis de Ricochet

Dans un pays sans nom et sans âme, dominé par son usine d'armement, arrive Bo, forgeron. Hama est séduite au premier regard, et leur amour illumine la ville tel un rayon de soleil. Le cabaret « Le Castor blagueur » rouvre, Bo rêve jusqu'au petit matin de spectacles et de magie. Se produit un accident ravageur. Hama perd ses deux mains, mais pas l'enfant dans son ventre. Bo et Hama se soutiennent, quittent la ville. Ils sont recueillis par une fratrie doucement folle, pourraient vivre heureux, restent insatisfaits. Et la petite Tsell grandit...

Anne-Laure Bondoux se laisse désirer pour le meilleur : « conte moderne » (quatrième de couverture) et puissant, Tant que nous sommes vivants bouscule le lecteur avec élégance, entre onirisme souriant et réalisme de plomb. Dans une atmosphère à la Zola, la première partie, d'exposition, est assez rapide mais suffisante pour avoir envie d'en savoir plus. Explose alors en quelques pages le thème de la main, cet outil déjà célébré par Aristote et qui définit l'ouvrier. Dans des scènes saisissantes à la langue sèche, l'auteure raconte la lente reconstruction physique et psychologique de la sensible Hama. Bo se tait, n'en souffre pas moins comme la fin le montrera.
Au milieu de cette histoire de couple tourmenté, et à partir d'un curieux mais signifiant intermède chez les frères troglodytes, la petite Tsell tente de trouver sa place. C'est elle qui raconte, d'une voix à la fois dépassionnée car extérieure et désillusionnée car partie prenante. Cependant, pleine de ressources, au fond très aimée, la petite puis jeune fille saura ouvrir son avenir, réécrire jusque dans leurs pas l'histoire de ses parents. L'intrigue sait semer des petits cailloux avec virtuosité et marquer le lecteur de détails les plus infimes, un chien qui devient chienne, les couleurs pétantes d'une barque, etc. Comme dans la vie qui va et vient, un tout fluctuant se compose de minuscules riens. Flottent dans l'histoire l'amour, le bonheur, la mort, les corps : Anne-Laure Bondoux embrasse son sujet et en rend une quintessence philosophique. Dense sous son épure, le roman n'en est que plus perturbant, et donc réussi.

Présentation par l'éditeur


Le temps des splendeurs s'est enfui et avec lui l'espoir. Dans la ville et alentours, tout est faim, torpeur et inquiétude. Seule l'Usine continue de charrier du feu et des armes en assurant la survie de la communauté. Bo et Hama y travaillent, elle, ouvrière de jour, lui, de nuit. Tous deux s'aiment d'un amour fou. Mais une menace gronde et les imprécations du vieux sage Melkior annoncent la fin