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Migrants

Sélection des rédacteurs
Album
à partir de 7 ans
: 9782889085040
15.90
euros

L'avis de Ricochet

Mais qui est donc cette étrange petite créature agrippée à un ibis bleu roi au long bec rouge sang ? Drapée dans une étoffe similaire à celles dont on fait les kimonos, elle ressemble à l’un de ces génies japonais, les yōkai. Il fait nuit ; autrefois scribe des Enfers, le grand oiseau foule d’un pas régulier les hautes herbes de la prairie, puis s’enfonce dans la forêt. Bientôt est en vue une troupe d’animaux anthropomorphes qui avancent, tête basse et regard vide : ce sont eux que la créature poursuit, elle va les accompagner. Elle, c’est la Mort qui rôde, eux sont les Migrants.

Comment parler des migrants aux petits enfants ? Mieux qu’un discours difficile, Issa Watanabe choisit de laisser parler les images. Dans ce petit album carré, elle installe son décor et ses personnages comme on ouvre une petite fenêtre sur la réalité, à dimension d’un regard d’enfant. Mais tout de suite, le travail s’organise sur la double page : elle permet de sortir du cadre, d’agrandir le regard du lecteur pour dérouler l’espace toujours plus loin sous les pas des marcheurs, comme de figurer la profondeur de la nuit, celle du désarroi qui noie leurs regards résignés. Car lorsqu’on fuit, on entre dans une longue nuit rythmée par les étapes habituelles du voyage, les pauses repas, les temps de repos pour les corps épuisés. Et même quand on affronte les pires dangers, comme la traversée d’une mer traîtresse et tourmentée, la nuit efface le monde environnant ; il n’y a plus que le but qui compte et il faut avancer.

Pourtant, dans cette noirceur, chacun garde son identité et les tissus vifs, colorés, chamarrés, qu’on imagine même soyeux parfois, disent la richesse du cœur des voyageurs. Ils sont beaux, même fatigués, abattus, même lorsqu’ils renoncent comme l’immense ours blanc, même lorsqu’ils meurent. Leur troupe est comme un étendard de la diversité et, de fait, ils représentent l’éternel peuple de l’exode : chassé, pourchassé parfois, ses démons sont multiples et ignorent le temps ; ils se nomment la Faim, la Peur, la Misère ou la Guerre, l’Intolérance ou l’Injustice et se déclinent en de nombreux avatars. Que l’auteure et illustratrice le représente par des animaux anthropomorphes est peut-être une façon d’atténuer la gravité de son propos, peut-être aussi la volonté de rappeler que ceux qui fuient ainsi sont toujours des victimes sans voix.

Ainsi, cet album au titre qui résonne davantage en espagnol, Migrantes, ouvre le regard de l’enfant sur l’intolérable omniprésent : le monde est cruel et beaucoup d’êtres souffrent ; grâce à cet album incroyable, grâce à cette petite fenêtre sans paroles inutiles, l’enfant les reconnaîtra, il les verra briller dans le noir.

Présentation par l'éditeur

Ils sont tous là, lion, toucan, cochon, éléphant, lapin, grenouille… tous différents mais tous avec un petit bagage à la main ou sur le dos. Dans la sombre forêt ils marchent. La Mort, joliment vêtue d’une cape fleurie, les suit, assise sur le dos d’un magnifique oiseau bleu. Compagne discrète, elle veille… Ils marchent tous ensemble, courbés par la fatigue et la tristesse. Parfois ils s’arrêtent