L'avis de RicochetDidier Deleule est professeur de philosophie comparée des sciences sociales. Son approche est savante, toute en finesses de cours universitaire. Il choisit néanmoins de poser le cadre d’une fiction, une conversation entre le jeune Christopher et un fameux footballeur brésilien nommé Socratès. Au fil de leur dialogue, trois grands axes vont être explorés. Assez logiquement, ils commencent par un historique du jeu de football. Au Moyen-Age, il s’appelait la soule, et était très violent. Des règles apparaissent à la fin du XIXème siècle seulement. L’arbitre est là pour faire respecter ces règles ; il se fait interprète de ce qu’a vu la majorité, représentant d’un consensus. Christopher s’interroge ensuite sur les raisons du succès mondial du football. C’est que les joueurs incarnent un modèle de réussite sociale, font rêver le peuple comme un opium (Kant). Mais la forte dimension mercantile du jeu attire les critiques, de même que l’exaltation des nationalismes et des racismes qu’il entraîne. A quoi sert alors le football ? Il divertit, il développe le corps, mais aussi et surtout il constitue une « épure » (p. 78) de la société. En effet, il est une contradiction de « l’état de nature » (Hobbes) puisqu’il implique de ne pas toucher le ballon avec sa main, ce qui est pourtant instinctif. Les joueurs sont censés suivre des règles (sorte de « contrat social »), les bafouent souvent –consciemment ou non – comme les lois sont transgressés dans la société. La vie ensemble est parfois difficile, violente : le football également. A partir de là, Socratès laisse Christopher libre de tirer de leur dialogue l’enseignement qu’il voudra.
Même si la petite chouette de la collection explique des mots dans les marges, même si les passages les plus importants sont en gras et couleur, même si les dessins si particuliers de Lionel Koechlin illustrent les idées, Didier Deleule a frappé haut. Le propos est simple au fond, assez répétitif sur la centaine de pages, mais l’auteur l’enrobe dans de longues phrases complexes, rébarbatives, réduisant ses personnages à des fantômes pas très crédibles (certes, la maïeutique socratique ne visait pas au roman réaliste, mais bon…). Christopher est un enfant, et il parle comme un adulte : « J’allais le dire, sans vouloir pour autant être systématique impertinent. » (p. 91). C’est très intéressant, impartial sur un sujet polémique, et on ne verra certainement plus le football pareil après. Mais encore faut-il arriver à la dernière page : sans une sérieuse motivation, il est peu probable que les jeunes se piquent de cette lecture. Sophie Pilaire Voir la chronique de Sophie Pilaire
L'éditeur : Gallimard JeunesseC'est en 1972, que Pierre Marchand fonde le département Gallimard Jeunesse, avec Jean-Olivier Héron, tous deux fondateurs de la revue Voiles et Voiliers. Leur ambition est de placer la qualité artistique de leur production au niveau de la réputation littéraire de la prestigieuse maison. D'emblée, ils... |