L'avis de RicochetRush Island, 2037. Depuis plus de vingt ans, la loi Bradbury interdit les images de quelque nature qu’elles soient. L’impératrice leur préfère la pensée du philosophe Kimsoon et la littérature classique. La Brigade de l’Oeil patrouille dans les rues à la recherche de délinquants ; leurs images sont alors enflammées tandis qu’on leur crève les yeux. Kao, quinze ans, adore pourtant le cinéma et court des risques en revendant clandestinement des photographies. Son rêve, comme celui de tous les opposants à la loi, est de retrouver un mythique stock de films caché quelque part dans l’île.
Evidemment, il est difficile de passer à côté du roman de Ray Bradbury, Fahrenheit 451 (1953), et du célèbre film qui en fut tiré par François Truffaut en 1966. Mais, à mon sens, Guillaume Guéraud se place encore sous l’égide d’un Attrape-Cœurs de Salinger : le vieux libre penseur et ami de Kao, dont les opinions toutes de sagesse imprègnent l’esprit du jeune héros, s’appelle en effet Holden. Et plus que les hésitations d’un représentant de l’ordre comme dans l’œuvre de Bradbury – même si Falk, veuf solitaire, joue parfaitement ce rôle de bourru vacillant -, La Brigade de l’Oeil est l’histoire d’un adolescent en construction, qui expérimente la liberté et ses limites. La forme est moderne, pleine de suspens, et avec un narrateur externe, l’auteur écrit comme souvent en petites phrases courtes qui ricochent les unes sur les autres et font mouche chez le lecteur. Le contexte est plus ou moins asiatique (la capitale s’appelle Taipen…), et on pense aux mangas, ces images surabondantes et populaires. Les scènes de répression et d’ « aveuglements » sont d’une grande violence, encore une fois visuelles : « Des débris d’os et de cervelle éclaboussèrent la souche que la balle perfora en faisant voltiger des copeaux avant même que la détonation ne déchire le silence. » (p .161). Enfin les dernières pages rejoignent la tragédie, dignes, dans leur amour mortel, du Roméo et Juliette de Shakespeare. Riche variation sur les médias et les rapports qu’ils entretiennent avec les pouvoirs politiques, roman d’un héros qui apprend à faire des choix, La Brigade de l’œil dépasse donc amplement l’hommage unique à Ray Bradbury, s’inspirant de toutes références culturelles (le choix du film sauvé, Les temps modernes de Chaplin, n’est pas non plus un hasard) pour mieux les faire siennes : l’œuvre d’un auteur décidément doué et réfléchi. Sophie Pilaire Voir la chronique de Sophie Pilaire
L'éditeur : RouergueLe département jeunesse des éditions du Rouergue a été créé en 1994 par Olivier Douzou juste après la parution de son premier album, Jojo la Mache. Auparavant, Olivier Douzou, alors salarié d'une agence de graphisme parisienne, avait réalisé la mise en page de plusieurs ouvrages des éditions du... |
L'avis des internautes
(Les avis exprimés ci-dessous n'engagent que leurs auteurs)Son écriture indéniablement imagée est encore une fois au service d'un monde imaginaire, enfin, partiellement imaginaire. Si dans son livre, la paranoïa vis à vis des films et des jeux vidéos a été poussée à l'extrème, le discours qu'il met dans la bouche d'une dictature n'est pourtant pas si loin de celui de nos chers enseignants, chercheurs, ministres, psychologues...
En dehors de ce pamphlet subtil et merveilleusement bien écrit, le livre contient surtout un hommage, une apologie d'un art. Celui qu'on apelle le 7°. L'art de raconter des histoires vraies ou pas avec des images.
Des images qu'il décrit à son habitude avec une certaine crudité, une réalité. Alors oui, les scènes violentes sont violentes. Jusqu'ici tout va bien. Mais après tout, Truffaut libéré des contraintes de la censure, n'aurait-il pas fait de Farenheit 451 un film violent, une oeuvre violente?
Un livre qui indéniablement provoquera beaucoup de réactions, chose à laquelle Guillaume Guéraud n'est pas étranger. La mienne est une réaction de passion, d'émotion, pour un auteur et pour le cinéma.