L'avis de RicochetAu sortir de la Seconde Guerre Mondiale, parce que sa mère a décidé que l’iode est bon pour la santé, Laure va passer deux mois près d’Arcachon chez les Pinsart. Le vieux couple se révèle bougon, entouré de Francia, leur fille de trente ans simple d’esprit, et de Pierrot, enfant de l’Assistance publique recueilli pour travailler. Laure se lie avec Pierrot, elle lui apprend à lire et écrire contre des leçons de vélo. Mais Francia perturbe leur amitié, rôdant et lançant des réflexions blessantes. Au retour d’une sortie à Arcachon dont elle n’a pas fait partie, la jeune femme tente de tuer Pierrot.
Marie Brantôme excelle à mettre en scène des héroïnes féminines volontaires, intelligentes et sensibles – parfaites, donc – sans ennuyer ni agacer son lecteur. D’une part, la narratrice Laure n’est pas complètement exempte de « faiblesses » qui la rendent plus humaine, plus proche de nous : un peu peureuse dans les bois, elle a un appétit d’oiseau, ne sait pas faire de vélo, cultive un rapport difficile aux Allemands… Son comportement est dicté par son éducation, au demeurant solide, mais ses instincts la dépassent parfois quand elle s’énerve après Francia . D’autre part, l’intrigue manie à volonté le suspense : une première page sanglante et mystérieuse introduit un long retour en arrière, de longs moments de répit centrés sur une vie quotidienne plutôt agréable endorment l’attention du lecteur, les accrochages avec Francia vont crescendo sans que l’on sache lequel sera décisif. La figure de cette simple d’esprit n’est d’ailleurs pas condamnée dans le sens où les époux Pinsart l’abandonnent à ses difficultés, l’utilisant simplement comme bonne à tout faire (mais nous sommes à peine dans les années 1950). Avec des personnages fouillés, une langue pure et fluide, Ta Photo dans le journal conjugue reconstitution tendre d’une époque où les enfants ne regardaient pas la télévision en vacances et fiction à l’angoisse montante, captivante. Sophie Pilaire Voir la chronique de Sophie Pilaire
L'éditeur : Seuil JeunesseCréées en 1935 par le publicitaire Henri Sjöberg, les éditions du Seuil n'ont jusqu'en 1945 qu'une activité restreinte. Dès 1945, la parution du Journal d'un prêtre-ouvrier en Allemagne d'Henri Perrin marque la maison. Les éditions se spécialiseront dans les sciences humaines (revue Esprit... |
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