L'avis de RicochetCharlotte est l’aînée de trois enfants. Quatre, si l’on compte Loïc, né après elle et décédé à trois mois. Cette absence a marqué la famille pour toujours. Charlotte en conserve une peur de la vie, des changements ; elle se raccroche à des petits rituels et à la religion, fréquentant beaucoup l’église. Malgré tout, elle a des petits copains, une amie confidente, déménage à Paris. Elle n’oublie pas son petit frère, mais ne va plus à la messe. Pour exprimer le malaise qui perdure en elle, elle écrit.
Le lecteur suit la narratrice Charlotte dans ce qui n’est pas à proprement parler son journal, mais ses pensées intimes au fil du temps. Nous la voyons passer insensiblement de la souffrance et la peur à l’acceptation de la vie. Sa vie de jeune fille est comme superposée à sa vie dans sa famille, et encore semble-t-elle se confier peu à ses parents. Face à la mort de Loïc, elle a reporté son amour sur sa petite sœur Julie et s’est consolée avec la religion. Quand cette béquille de la « religion-pansement, [l]a foi-médicament » (p. 140) n’est plus adaptée, Charlotte décide d’écrire, ce qu’ont fait ses parents depuis longtemps, avec un cahier de poèmes et d’images sur Loïc dans leur chambre. Karine Reysset, cachée derrière Charlotte, raconte avec pudeur et émotion une expérience personnelle. Le « je » revient sans cesse mais sans lourdeur : l’héroïne porte en elle toutes ces phrases, courtes et précises, aux liens logiques ténus qui forment une langue très poétique. Les expressions sont parfois des poncifs, voire puérils (les garçons sont « croustifondants »), mais d’autres émergent avec bonheur, comme la « fée-garçon » (pp ; 57-58). Le lecteur retiendra surtout la sincérité du propos, l’expression fine du va-et-vient des sentiments (« J’ai la possibilité de tout recommencer à zéro, je trouve ça grisant et terrifiant à la fois. C’est peut-être une chance, ce nouveau départ. De toute façon, je n’ai pas le choix. », p. 77). Un très beau roman sur un sujet délicat.
A noter : Franck Juery réalise la plupart des couvertures de la collection Medium de l’Ecole des Loisirs. Toutes sont réussies, celle d’A peine un peu de bruit particulièrement. Saluons cet artiste qui se glisse dans l’univers de chaque auteur sans qu’on le remarque.
Roman à partir de 13 ans
Thèmes : deuil - famille
Note : 4/5 Sophie Pilaire Voir la chronique de Sophie Pilaire
L'éditeur : Ecole des Loisirs (L')En marge de la maison d'édition scolaire "L'Ecole", Jean Fabre crée en 1965 les éditions de L'Ecole des Loisirs. Avec Jean Delas et Arthur Hubschmid, ils vont constituer, au cours des années, un fonds de valeurs sûres de l'édition de jeunesse, venant du monde entier, qui leur permettra d'imposer leurs... |
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