L'avis de RicochetAdèle, 13 ans, va faire les courses pour sa mère. Elle vole, ou plutôt elle oublie d’enlever de son panier, un paquet de chewing-gums. Très perturbée par son geste, elle va se réfugier en pleurant dans les bras de sa mère. Mais son émotion cache bien autre chose…
Adèle est une jeune fille introspective : le temps très court du récit – quelques dizaines de minutes au supermarché et dans la rue – ne l’empêche pas de disserter sur Dieu, le bonheur, la vie, son corps d’adolescente, la notion de culpabilité… Un vrai « Goûter-philo » pour plus grands ! La narratrice se compare à sœur Emmanuelle pour exprimer le fait qu’elle, Adèle, a des défauts, qu’elle n’est pas forcément généreuse et concentrée sur l’essentiel comme pouvait l’être la petite sœur des pauvres. Mais elle se compare aussi à sa propre sœur aînée, Emmanuelle, décédée (renversée par un camion). Et c’est encore pour dire que cette dernière lui était supérieure : plus intelligente, plus belle… et que les parents doivent sacrément la regretter. L’annonce de cette disparition n’est pas immédiate : elle intervient brutalement au milieu du récit, au détour d’une phrase ; elle est mise sur le même plan que d’autres éléments mineurs : « Et si, après maintes tergiversations, on finit par y aller quand même au cinoche, malgré la neige, le vent, le froid, et la mort de ma sœur qui nous a plombé la vie, ben je mange ma glace goulûment mais sans plaisir. » (p. 25). Une façon à la fois gênée et violente de minimiser les choses, une alarme qui signale bien que le deuil n’a pas encore été fait – comme l’asthme, un peu plus loin dans la narration. Rétrospectivement, cet événement explique l’hyper-sensibilité d’Adèle, et peut-être aussi son vol, un geste désespéré d’affirmation de sa place de vivante, de survivante. Mais la fine Carine Tardieu – qui n’en est pas à sa première variation sur l’adolescence – saura redonner le juste espoir à son personnage. Dans un environnement très parisien (le magasin Naturalia), un petit texte beau, fort et direct – la collection se veut à lire à haute voix –. Sophie Pilaire Voir la chronique de Sophie Pilaire
L'éditeur : Actes Sud junior En 1995, les éditions Actes Sud publient leurs premiers livres jeunesse et, peu à peu, s’affirme le désir de créer, sous la marque Actes Sud Junior, un véritable département.
En 2006, une page se... |