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Le temps des lézards est venu

Sélection des rédacteurs
Thomas Gabison
Pierre Charras
Grands romans
Roman
à partir de 14 ans
: 9782844207531
16.00
euros

L'avis de Ricochet

Ben vit seul avec sa mère. Son père a déclaré forfait devant les excès de cette femme dépressive, en proie à des hallucinations... folle. Le jeune homme se débrouille, manque l’école, écoute et rassure celle qui lui explique que la Terre va être envahie par des hommes-lézards. A l’hôpital psychiatrique, il rencontre Marco, se lie d’amitié avec cet étrange garçon qui prétend avoir découvert une faille temporelle vers l’an 4000, et une époque qui a guéri toutes les maladies mentales…
Le roman vaut d’abord pour son sujet grave, abordé de front et qui n’élude aucune manifestation physique de la folie de la mère. Charlie Price va encore plus loin en traitant de ses conséquences sur ceux qui vivent avec le malade. Le narrateur Ben semble d’un côté solide, organisé, et de l’autre très fragile, solitaire, à la recherche d’amis, d’une famille de substitution (la mère de son meilleur ami est infirmière). Rationnellement, il n’y a rien d’extraordinaire à ce qu’il se rapproche de Marco, qui vit la même situation que lui. Il est plus étonnant de le voir adhérer à cette histoire de « trou de ver » qui permet de bondir dans le temps. Mais, du point de vue du lecteur, soit c’est que le roman devient fantastique, et la mère de Ben n’est alors pas folle, soit Ben est victime d’un mystificateur, peut-être un fou. Ou bien… Ben est en train de se laisser gagner lui-même par la folie de sa mère : le récit de Marco présente en effet des similitudes troublantes avec la vie réelle du héros et la psychose de sa mère, cet ami reste étonnamment glissant, disparaît aux moments importants, etc. Tout l’art de l’auteur (et du traducteur, Pierre Charras) est de rendre les trois pistes envisageables jusqu’à la fin, dans un magistral va-et-vient entre la narration de Ben et l’histoire dans le temps racontée par Marco. Charlie Price joue avec l’habituel pacte narratif, captive son lecteur qui ne cesse de s’interroger. Il offre aussi une plongée fascinante, effrayante, dans la complexité du monde de ceux qu’on appelle « les fous ». Sur un sujet directement identique, à lire aussi : Sous la pluie d’Olivier Adam (Ecole des Loisirs, collection Medium, 2004), Folle de Bernard Friot (Thierry Magnier, 2007).