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L'arche des derniers jours

Roman
à partir de 14 ans
: 9782748507799
15.90
euros

L'avis de Ricochet

Début du XXIIème siècle, la Terre. Un gigantesque conflit nucléaire a détruit toutes les espèces vivantes, à l'exception de « bulles » sécurisées réservées aux plus riches et... de quelques jeunes réfugiés dans la jungle, chacun auprès d'un animal fétiche. Ces garçons et filles sont dotés de capacités empathiques très fortes avec leur animal (« amimal », avec une notion de mimétisme), qui intéressent particulièrement Ricci Belladona, une « scientariste ». Elle capture des couples humain-animal, et leur fait subir des opérations de greffes, créant des « humanimaux », créatures odieuses qui sont ensuite revendues très cher à des milliardaires dans leur « bulle ». Les « humanimaux » sont censés ne plus avoir de mémoire, mais une jeune femme, fille d'un des nantis, va les aider à la retrouver...
Etrange roman que celui-ci, parce qu'inattendu de la part d'Eric Simard, auteur de la douce et drôle série du Souffle de la Pierre d'Irlande. Tout démarre comme dans un roman de science-fiction classique, dans un monde dévasté, peuplé seulement de quelques survivants sauvages ou retranchés dans leurs habitats aseptisés. On voit venir de très loin le message humaniste et écologiste. Et puis assez rapidement, l'horreur arrive et perturbe les repères. Loin d'être suggérée, ce qui aurait apporté une atmosphère glaçante plus habituelle, cette horreur est mise en scène dans ses moindres détails physiques (excepté les opérations elles-mêmes). Les héros n’en sont plus et n’en redeviendront pas : à quoi va se raccrocher l’intrigue ? Nous rentrons alors dans des considérations culturelles, artistiques du point de vue de Ricci Belladona (la belladone étant une plante mortelle) : les créatures produites rappellent le Minotaure, un centaure, un ange ailé, etc. La façon heureuse dont elle est accueillie par les milliardaires est une critique ouverte du pouvoir sans aucunes limites de l’argent. Puis intervient la jeune Ariane (le fil d’Ariane…), qui va redonner tant bien que mal leur humanité aux greffés. La fin est une gigantesque explosion dramatique, obligeant les très rares rescapés à une fuite sans espoir, un retour dans la forêt. Le ton désabusé du narrateur externe, les abandons successifs de personnages qu’on venait juste d’adopter, les descriptions physiques douloureuses, tout concourt à rendre ce roman extrêmement marquant, une voix originale qui s’élève contre une « civilisation folle » (p. 324), largement imaginée comme celle que nous nous préparons.