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Je suis la mort

Sélection des rédacteurs
Aude Pasquier
Album
à partir de 5 ans
: 9782930938042
14.90
euros

L'avis de Ricochet

Sur un petit vélo rouge au milieu des fleurs, un personnage vêtu de noir : est-ce elle, la Mort qui s’annonce si tranquillement ? Oui, elle affirme sa réalité en regard de la vie. La démonstration s’opère en deux temps : tout ce qui vit meurt ; l’articulation entre vie et mort c’est l’amour.

Cette cycliste, un peu fantomatique, sort du bois fleuri, elle trace un chemin dans la page et va rendre visite aux animaux. Assise sur un banc aux côtés de l’éléphant de cirque, elle est minuscule et calme. A la rencontre des oiseaux sur la branche, elle avance. Le texte scande son parcours : « Je peux arriver avant le réveil […] je peux arriver dans une nappe de brouillard ». Ni le temps, ni l’espace ne peuvent s’opposer à la Mort. Elle est présente, doucement, comme inéluctable. Le message répétitif s’exprime dans une nature fleurie, délicate, réjouissante.

Pourtant, la Mort n’élude pas la terreur qu’elle génère. Les bottines abandonnées sur le plancher quand la porte s’ouvre, n’est-ce pas la mort d’un enfant ? Les détails de l’illustration confortent ou infirment le discours empathique de la Mort. Cette vieille femme qui tricote une écharpe interminable est-elle « rassasiée de la vie ? » La Mort tricote de concert la longue écharpe. Comme si de rien n’était, même les chats s’amusent avec la laine. Elisabeth Helland Larsen et Marine Schneider combinent la familiarité la plus quotidienne et la gêne subreptice. Lorsque qu’elle vient prendre tous les morts d’une catastrophe symbolisée par l’incendie, elle les dérobe dans son giron et détaille toutes les attitudes, résignées, consentantes ou vindicatives que l’on connaît face à la mort. Dans la tradition littéraire ou picturale, ce serait une danse macabre, chez ces auteures, il y a euphémisation même si le cœur se fend en voyant qu’elle tient par l’épaule un enfant et son doudou, ou des enfants morts-nés au bord de la voie lactée.

Au terme de cette progression qui affirme l’universalité de la mort, elle pose la question de son « utilité » : la mort est ce qui fait de la place à la vie, « aux nouveaux rêves, aux nouveaux mots ». Le dessin s’agrandit, les couleurs chantent. Néanmoins, sans lâcher le thème, deux grandes silhouettes dominent la ville « la vie et moi nous sommes présentes dans tout ce qui commence et tout ce qui prend fin », bonnes fées, complices et amies, elles veillent et surveillent. Dans un paysage tourmenté, une clé de voûte : « l’amour ! ».

Cet album fait partie d’une trilogie (les deux autres titres sont Je suis la vie et Je suis le clown) et cerne la question existentielle de la vie et de la mort. La rigueur de la démonstration, la force de la voix de la narratrice, la variété des couleurs et des situations construisent une réflexion exigeante et vive, éloignée de toute consolation religieuse. Un album riche à conserver précieusement lorsqu’un enfant, un jour, pose la question et s’inquiète.   

Présentation par l'éditeur

Personnage bienveillant et attentionné, la Mort va chercher tous ceux qui vont mourir – vieux ou jeunes, insectes ou éléphants. Son rôle est indispensable, parce que sans elle il n’y aurait pas assez de place pour que de nouvelles vies puissent voir le jour. La Mort accomplit sa tâche avec le plus de soin et de douceur possible. Elle fait partie de la vie, de l’amour et de nous tous.

Je suis la