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Je sais que je ne suis pas seul

Sélection des rédacteurs
Roman
à partir de 13 ans
: 2848651571
8.50
euros

L'avis de Ricochet

Romain, dix-sept ans, vit en pension, alternant les week-ends avec son père, homme d’affaires pressé, et sa mère qu’il n’aime pas. Pour compenser une réalité décevante, il rêve, ou plutôt cauchemarde : une rock star échange son âme contre un paquet de chewing-gums, un paléontologue est enfermé dans un camp russe peuplé d’hommes préhistoriques sauvages, une femme devient baleine…
Ce roman est en fait composé de nouvelles : peut-être un plus pour ceux qui n’aiment pas trop lire, car elles sont véritablement passionnantes. Souvent racontées à la première personne par le personnage qu’elles mettent en scène, elles empruntent des tons, des époques et des lieux très divers, mais ont au moins un point commun : elles finissent toutes mal ; le héros meurt ou reste seul (d’où le titre, bien trouvé). Le narrateur principal, Romain, les invente-t-il ? On aurait plutôt l’impression qu’il subit ses rêves, allant jusqu’à rêver d’être en train de rêver… (p. 87-88). On peut parler dans ce cas d’ « exorcisme » inconscient d’un malaise adolescent. La manière de transcrire ce passage obligé de la littérature jeunesse est alors originale, à la fois trop évidente et maîtrisée par un auteur doué. Une lointaine parenté avec Lautréamont peut s’envisager dans l’horrible et l’étrange disséqués, et dans l’aspect toujours fantastique. L’horreur n’est jamais loin, les corps saignent et a sexualité est violente. Qui lit ces nouvelles oscillera du simple divertissement (« Paléocommunisme », ma préférée) à la réflexion sur la marche de la société (« Le Cerf-volant », « Le Cachalot »). « Repeindre le monde » peut même être vu comme une espèce d’allégorie de la liberté et du pouvoir. Entre les nouvelles, Romain apparaît dans des intermèdes de son quotidien (en vacances, en déjeuner avec son père…) et la fin, par une blessure physique, laisse envisager un espoir de retour à la réalité pour le jeune homme. Le roman est donc intéressant, facilement lisible (on peut aller jusqu’à penser à du Chair de Poule haut de gamme), mais je cherche le rapport avec l’oralité qui anime la collection Exprim’. Ici, langue et écriture sont parfaitement correctes, mais très classiques.

L'avis des internautes

Les avis exprimés ci-dessous n'engagent que leurs auteurs
le 09/24/2007 13:03

Bonjour Sophie,

Une fois n'est pas coutume, je réagis directement sur le site : d'abord pour vous remercier, et vous dire à quel point vos chroniques nous touchent, à chaque fois, par leur pertinence et leur hauteur de vue ; ensuite pour répondre à la question ouverte qui achève votre article - à ma façon !

Eh bien, je pense que si le roman d'Alexis est bien un titre "eXprim'", en dépit du fait que le travail sur le langage n'y est pas, disons, mis au premier plan - ainsi que c'est souvent le cas dans la collection -, sa structure en revanche est très innovante, décalée, inattendue. Les jeux de miroir sont légion, par exemple.

L'alternance des tons (sec et aride dans le réel, fantastique et enjoué dans l'imaginaire) participe encore de cette vitalité du récit que nous relions à la collection.

Enfin, je suis très attaché au fait que ce roman, sous la modernité de sa narration, ait "ingéré" tout un pan de la littérature anglo-saxone : c'est un roman d'ogre,aussi ; un roman truculent. Un roman à l'énergie !

Voilà mes éléments de réponse, en tant qu'éditeur - ceux d'Alexis seraient peut-être encore différents.

En tout cas, tous nos remerciements pour cette chronique, qui je pense le ravira autant que nous.

Tibo Bérard
Sarbacane, eXprim'

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