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Jacaranda

Sélection des rédacteurs
Shiriagari Kotobuki
Shiriagari Kotobuki
Kankô
Manga
à partir de 14 ans
: 2745923854
11.00
euros

L'avis de Ricochet

Un début de journée banal à Tokyo : des jeunes filles font les boutiques, un adolescent agresse un vieil homme dans le métro, les informations et les publicités défilent sur les murs des buildings. Un bourgeon émerge au beau milieu d’une route, dans un quartier tranquille. Tandis que les journalistes s’arrachent le scoop, une racine fait s’écrouler une maison. Le bourgeon grandit, les racines se développent, détruisant les canalisations de gaz et d’électricité sur leur passage.
Bientôt, Tokyo est à feu et à sang, la ville s’effondre dans un chaos d’explosions, de chute d’immeubles, de fissures dans le sol. Les corps calcinés errent parmi les décombres, les cris se mêlent au fracas. L’arbre, un Jacaranda, continue de croître, et surplombe bientôt toute la ville. Et s’il fallait en passer par là pour renaître ?

Ce manga s’articule en trois parties. Dans la première, l’auteur dépeint un Tokyo noyé dans le consumérisme et la violence, une société sclérosée. Les écrans géants délivrent des publicités/informations en vrac, personne ne perçoit les signes avant-coureurs de la catastrophe. Quelques photos, figurant les écrans, apparaissent au milieu des dessins. Dans la seconde partie, l’horreur va crescendo. Les plans larges de la ville en feu se resserrent parfois sur des individus : la mère qui tente de rassurer son enfant au téléphone, le couple enlacé. L’issue de ces scènes, fatale, rajoute du pathos à l’horreur ambiante. Petit à petit, les paroles laissent place aux cris et aux bruits sourds de destruction, dans une nuit sans fin. Le graphisme accentue la violence, les traits et les hachures, proches de la calligraphie, remplacent le figuratif. Et l’arbre,inexorablement, grandit. Dans la dernière partie, les survivants sont surpris par l’aube salvatrice, ils s’agenouillent devant l’arbre et lui rendent grâce. Fable écologique, avertissement à une société aveuglée par l’image et la consommation, ce manga est avant tout une fiction très réussie d’un point de vue graphique et narratif.

Jacaranda est l’alter ego de Hokabune, manga dans lequel le monde disparaît sous les eaux. Selon l’auteur, « Jacaranda n’est donc pas une histoire d’apocalypse, comme Hokabune, mais celle d’une renaissance. »

Des documents viennent compléter le manga : la préface de l’auteur, un entretien avec lui à propos du manga, un article par Julien Bastide, critique de bande dessinée, et des résumés d’autres œuvres de Shiriagari Kotobuki.

L’aspect physique du livre est très réussi, sa reliure soignée lui donne un aspect précieux. Ouvrez-le et découvrez une œuvre et un auteur précieux, mais aussi ce qui est réellement précieux dans votre vie.