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Contes 1,2,3,4

Sélection des rédacteurs
Album
à partir de 3 ans
: 9782070614479
17.00
euros

L'avis de Ricochet

1.2.3.4, me voilà retombée en enfance ! Avec émotion et plaisir, je retrouve la verve de Eugène Ionesco dans ses contes pour enfants de moins de 3 ans réédités à l’occasion du centenaire de la naissance de l’auteur. C’est hilarant et délirant, décalé et par la même littérairement calé, ingénieux et génialement anticonformiste.
Un papa fatigué par une soirée finie tardivement raconte à Josette, sa petite fille, une histoire de « Jacqueline » plutôt inattendue : ses parents, ses oncles et tantes, leurs amis, leurs enfants, les amis de leurs amis, tous sans exception s’appellent Jacqueline De quoi créer un beau quiproquo lorsque Josette rencontre une petite Jacqueline à la boulangerie…
Autre exemple de cette douce folie qui règne dans les contes de Ionesco : Papa, réveillé de bonne heure et de bonne humeur, compte s’occuper de l’éveil linguistique de sa petite Josette lorsqu’il constate avec stupeur qu’elle prend le fromage pour un téléphone ! Rien de curieux jusque-là pensez-vous ? Voici la scène : « Josette demande à son Papa : -Tu parles au téléphone ? Papa raccroche. Papa dit : - Ce n’est pas un téléphone. […] Cela s’appelle un fromage. » Dès lors, Papa s’évertue à reprendre Josette sur l’usage qu’elle fait des mots : le fromage n’est qu’une boîte à musique, laquelle est un tapis. La chaise est en réalité une fenêtre, le pain, une descente de lit, les pieds, les oreilles. De quoi y prendre son latin !
Contes 1,2,3,4 est une invitation à la rêverie, le règne de l’absurde et de la dérision. Et c’est exactement ce qui fonctionne auprès des enfants. Ils rentrent avec bonheur dans l’univers de Ionesco comme ils le font par exemple avec Pef, ils s’amusent des personnages farfelus et sont hilares face aux enchaînements de situations burlesques. Il n’existe d’ailleurs meilleurs spectateurs ! Pour ne rien gâcher à leur plaisir, Etienne Delessert a entrepris un tel travail de mise en images que les bambins assistent à un véritable spectacle semblable à une représentation de cirque ou aux vitrines des grands magasins parisiens animés au moment de Noël. Il y règne une effervescence de tous les instants, témoin d’un esprit rêveur et poétique. Etienne Delessert perçoit le monde avec un regard d’enfant : les objets sont surdimensionnés, les perspectives abandonnées, le réel est réinterprété et l’impossible possible. Tout y est étrange et en même temps nullement surprenant puisque le lecteur retrouve dans les illustrations la liberté d’expression qui est celle de Eugène Ionesco dans le texte.
On adore, c’est un véritable travail d’artistes, magnifiquement subversif.