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Cendres

Roman
à partir de 14 ans
348 pages
: 9782490151080
18.00
euros

L'avis de Ricochet

Certainement ce roman va trouver son public. Il s’agit d’une fiction dite « steampunk », située donc dans un Londres de la fin du XIXe siècle, très réaliste et historiquement vraisemblable, tel qu’il apparaît dans les romans sur cette période : la grande pauvreté qui côtoie l’extrême richesse, la lumière de la fête et du luxe qui s’oppose à l’obscurité et l’insécurité des rues coupe-gorges ; des personnages typiques eux aussi, dignes de Dickens, ou de Doyle, des malfrats boiteux à la trogne patibulaire, des bourgeois avilis par le vice et la perversion, des orphelins sacrifiés, une jeune femme désargentée sortie, elle, tout droit d’un roman des Brontë. Et ce personnage de Nathaniel comme un grand oiseau maladroit qui se redresse pour affronter sa vie, comme une créature du dessinateur Enki Bilal : voilà tout ce qu’évoque ce roman sombre et malheureux, avec sa chute à laquelle on ne croit pas une seule seconde tant ce qui l’a précédée est cruel et désespéré.

Nathaniel est allumeur de réverbères, et lorsque sa tournée s’achève, la sourde angoisse qui le mine en permanence se détourne alors des dangers nocturnes ; il rejoint Luna qu’il aime comme une sœur dans le galetas qui leur sert de refuge. Les descriptions sont précises, cinématographiques. Les personnages apparaissent tour à tour, mais ce qui les unit reste dans l’ombre. Peu à peu, au fil des disparitions de jeunes femmes dont est en charge un inspecteur pugnace et désespéré, les signes apparaissent dans le texte : un regard interloqué, une impression fugace, une réminiscence, qui se mêlent aux cauchemars de Nathaniel qui ne se remet pas de son enfance. L’autrice passe de personnage en personnage et l’action est décrite de leur point de vue. L’ensemble crée une image en kaléidoscope de l’intrigue, entraînant le lecteur dans l’élaboration d’hypothèses successives comme si le puzzle se découpait plutôt qu’il ne se recomposait. La vérité se dévoile peu à peu, comme dans un bon roman policier.

Par ailleurs, l’autrice soigne son contexte : elle entraîne ses lecteurs dans un univers où l’insolite, le contrefait, servent l’évocation d’un monde qui n’aura pas existé, ombre fantomatique d’une époque si difficile qu’elle aurait pu être encore pire si les oiseaux mécaniques porteurs de messages avaient été inventés, si le monde de Jules Verne s’était réalisé, si les meurtres se préparaient dans des chambres jaunes à la Gustave Leroux… Le lecteur n’a pas besoin de repérer tous ces clins d’œil littéraires, mais ils lui ouvrent les portes d’un courant contemporain qui s’affirme, pour tous les âges : on pense à L’Ultramonde de Stéphane Tamaillon pour les plus jeunes, aux Mystères de Larispem de Lucie Pierrat-Pajot, au roman Du bout des doigts de Sarah Waters, sans oublier les aventures d’Adèle Blanc-Sec, l’héroïne de Jacques Tardi. Il faut espérer qu’au-delà, il aura la curiosité de se plonger lui aussi dans les œuvres plus anciennes qui ont été sources d’inspiration pour les auteurs.

Ce roman est donc une sombre affaire de passion, de crime et de folie. Le résultat peut emballer le lecteur, s’il se laisse emporter ; mais l’abondance de détours, la complexité du labyrinthe des signes et des sentiments risquent aussi de le décourager. On pourrait dire qu’il y a beaucoup de tout dans ce roman : c’est le piège des héritages littéraires. Lorsque Johanna Marines aura assimilé ses références, les univers qu'elle créera porteront sa seule marque.

Présentation par l'éditeur

Londres, East-End, 1888, ère industrielle. 

C'est dans ce quartier malfamé que vivent Nathaniel et sa sœur de rue, Luna. Lui sillonne les rues à la tombée de La nuit. Elle est une voleuse hors pair. Mais un soir, lors d'une énième tournée, le jeune homme fait une macabre découverte. 

Des rues sombres de la capitale en passant par un manoir victorien luxueux ... De soirées mondaines où le diamant