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Annie du lac

Sélection des rédacteurs
Album
à partir de 8 ans
: 9782211085465
12.50
euros

L'avis de Ricochet

Elle est grande, engoncée dans une longue robe noire descendant jusqu’aux chevilles, d’où ne dépassent que deux longs pieds. Son nez est long aussi : on pourrait y accrocher un manteau ! (disait sa mère lorsqu’elle était encore en vie). Seuls ses cheveux roux éclairent sa silhouette rigide, car Annie ne sourit guère.
Elle marche dans l’allée de son jardin, triste et terne, jusqu’à sa maison haute et fermée, comme elle.
Elle, c’est Annie. Elle est seule, elle est mal, elle ne connaît pas de gens, pas de gens heureux. Elle n’aime pas la vie. Elle contemple le lac aux trois îles, en bas de sa maison, elle y pêche des poissons qu’elle fait sécher sur son fil à linge. Elle dort mal la nuit.
Alors, Annie se jette à l’eau, descend dans les profondeurs du lac et s’évanouit.
Annie qui voulait mourir, renaît. Ce qu’elle trouve au fond du lac, sous les trois îles, ce sont trois géants doux et débonnaires, souriants et tranquilles. Ils vont emmener Annie dans une quête singulière et heureuse. Et lorsque, enfin, Annie sourit, elle devient belle et souple.
Kitty Crowther nous livre un magnifique conte à l’envers. D’emblée, l’atmosphère est sombre, les pages sont déprimées, grignotées par l’ombre, tout comme Annie. On pénètre dans l’univers mental de la jeune femme et son désarroi existenciel est au cœur des images. Mais on ne perd pas pied pour autant. Quand Annie touche le fond du lac et de son désespoir, l’histoire se fait douce et plus claire. Cette page de l’album (page 15) est d’ailleurs l’une des plus lumineuses du livre, paisible et accueillante. Les géants d’ôcres pâles y apparaissent sous leurs chapeaux îles, donnent à l’héroïne et aux lecteurs de la lumière et de l’air pour respirer. On se sent plus léger et l’on se laisse embarquer dans un voyage poétique à l’humour un peu décalé. On est enfin à l’aise dans ce monde qui devient doux et humain.
Et puisque Annie du lac est un conte, Annie trouve l’amour et cela finit bien. Et cela fait drôlement du bien !
Kitty Crowther est une créatrice très talentueuse, l’une des plus intéressantes sans doute de sa génération, née à Bruxelles, d’une mère suédoise et d’un père anglais. Elle absorde ses multiples influences pour créer des univers uniques, tout en parlant de choses essentielles, d’émotions vitales. Elle sait rendre la complexité du monde d’une manière bien à elle, où mots et images sont en parfaite complémentarité.
Cet album, où l’eau est un personnage à part entière, en est le parfait témoignage. A la fois intemporelle et contemporaine, l’histoire d’Annie nous touche profondément. Elle constitue un très beau voyage géographique et intérieur.
Annie du lac a reçu le Prix Baobab au dernier salon de Montreuil, en novembre 2009.