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Soldat fourmi

Sélection des rédacteurs
Emmanuel Gros
Album
à partir de 6 ans
: 9782075095112
14.90
euros

L'avis de Ricochet

Des fourmis grimpent un monticule, une à une, difficilement. Elles peinent, elles portent une pierre sur le dos. La pierre déposée, elles dévalent, légères, la pente qu’elles ont contribué à construire. Le paysage aquarellé de Tony Ross est charmant, une belle maison solide, quelques arbres bucoliques et devant cette sérénité d’arrière-plan « les fourmis trouvèrent enfin l’endroit idéal pour bâtir la cité des fourmis ». Ainsi ce qui nous semblait si difficile est avéré. De quelle quête, de quel conflit, ces fourmis se sont-elles l’illustration ? Nous ne le saurons pas.

Après l’épreuve, la prospérité de la « joyeuse colonie ». L’ironie de Tony Ross commente ainsi son illustration de fourmilière et il qualifie de « joyeuse » l’activité des fourmis humanisées lorsqu’elles boivent ou travaillent. Il opère ensuite un zoom sur la pouponnière. Le plaisir du lecteur naît du trait incisif de l’auteur-illustrateur. Les fourmis nurses, debout sur quatre pattes, un bonnet sur la tête, cheminent entre les petits lits, donnent un biberon, une tétine. Sur un des lits, une affichette, GASTON, nous faisons ainsi connaissance avec le héros, le seul qui a un nom. Cette particularité scelle son destin.

Il ressemble à toutes les autres laborieuses fourmis, Gaston, et pourtant il ne trouve pas sa place dans la « jolie colonne » de la « joyeuse colonie », jusqu’au moment où le Grand Chef des fourmis le désigne comme soldat au prétexte qu’il a « une grosse tête et des dents bien blanches ». On peut penser au Candide de Voltaire, enrôlé en raison de sa taille et, à trois siècles d’écart, les ressorts comiques sont identiques. Un personnage naïf endosse un rôle qu’il ne souhaite pas et l’uniforme et le fusil portés par Gaston sur ses quatre petites pattes chaussées de rangers est irrésistible. Son regard en coin, perdu alors qu’il est applaudi par les fourmis, dit son désarroi. La transformation, risible d’abord parce que ridicule,  s’achève en catastrophe : déluge de bombes, violence du bruit et des couleurs, substitution à des images de soldats courant entre des tranchées et monument final où figure, glorieux, le nom de Gaston… 

Narration et illustration prouvent la virtuosité remarquable de Tony Ross. L’histoire démarre tranquillement, s’accélère et s’achève en apothéose. La fable n’est pas nouvelle, et l’antimilitarisme a depuis longtemps trouvé son expression dans le dessin mais, une fois encore, à travers le sympathique personnage de Gaston la fourmi, semblable et différente de toutes les autres, la question du rôle de chacun, au sein d’une société, est posée et c’est magistral !

Présentation par l'éditeur

Les fourmis forment une joyeuse colonie où naissent de nombreux bébés. L'un d'eux est différent. Il s'appelle Gaston. Gaston rêve de faire partie de la jolie colonne qui transporte de la nourriture. Mais le Chef fourmi, lui, a une tout autre idée: avec sa grosse tête et ses dents blanches, Gaston fera un excellent soldat.

A travers l'histoire d'un soldat fourmi, Tony Ross dénonce l'absurdité de