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La femme du potier

Sélection des rédacteurs
Album
à partir de 7 ans
: 9782355581533
14.90
euros

L'avis de Ricochet

Ahmad Reza a appris à tourner l’argile avec force respect, minutie et déférence, comme apprenti d’un trésor national vivant. Il connaît les règles ancestrales régissant ce métier et cet art. C’est dans son atelier au fond du jardin que Ahmad Reza aime à façonner la terre. Cet atelier, s’il est interdit à sa femme, est néanmoins ouvert aux visiteurs admiratifs du travail du potier. Mais si Ahmad n’est pas « n’importe quel potier », son épouse n’est pas non plus n’importe quelle femme !

Totalement éprise de son mari qu’elle vénère pour ses talents d’artisan, cette dernière passe en effet de longues heures à l’observer avec amour et respect, par l’entrebâillement de la porte ou la fenêtre de son atelier. Or un jour, « ce jour-là » comme le précise le texte, durant l’absence de son mari, la femme du potier « s’empare d’un tour de glaise, pousse sous elle un tabouret et façonne un pot. A mains nues. » Dès lors, elle n’aura de cesse de tourner en cachette de son mari qui découvrira, en même temps qu’un marchand d’art en visite chez Ahmad Reza, la passion dissimulée et les créations de son épouse. Devenue par inadvertance céramiste de renom, c’est désormais à Ahmad, en tant que « mari de la céramiste », de préparer le thé aux visiteurs férus de poteries.

Cet album nous donne à lire une fable irrévérencieuse dans laquelle l’Art permet de renverser des lois sociétales ancestrales, lois profondément injustes établies par les hommes. Car c’est bien par la pratique de l’Art que l’épouse de Ahmad se libère du joug de son époux, et ce, non pas en affichant un militantisme acharné, mais par amour et respect pour lui, en s’inspirant de son savoir-faire. Par amour et avec douceur, les chaînes se brisent et les rapports de force se renversent, ce que souligne l’évolution chromatique des doubles-pages de cet album, évoluant du jaune au bordeaux.

S’il s’agit bien ici d’épanouissement personnel et d’égalité homme-femme, thématiques traitées avec efficacité, subtilité et poésie, n’oublions pas que c’est avant tout l’amour qui lie les personnages de ce nouvel album de Kuro Jiki publié par les éditions HongFei Cultures. Lister ce qui oppose Ahmad et son épouse pour résumer cet album serait donc vain. Il nous apparaît en effet plus pertinent de mettre en exergue (ce que feront très probablement les jeunes lecteurs) ce qui les rapproche, en l’occurrence, l’amour de la terre, la passion de créer, la recherche de la perfection et l’envie de transmettre et partager l’art qu’ils ont reçu en héritage. Cette passion de la poterie qui anime les protagonistes de cette histoire se veut d’ailleurs palpable dans les coups de pinceau énergiques de l’auteur, préalablement trempés dans l’encre de chine, qui leur ont donné vie sur le papier.

L’univers graphique original et le texte engagé invitent à la lecture – et la relecture – de ce nouvel opus signé Thierry Dedieu (ici sous le pseudonyme de Kuro Jiki). La fable contée et illustrée à la chute aussi surprenante qu’implacable ravira les plus jeunes et les débats qui suivront la découverte de ce livre seront, pour les plus âgés, source d’échanges et de débats.

Présentation par l'éditeur

En matière d'art, l'excellence n'a pas de genre.

Kuro Jiki  nous raconte ici comment un grand potier devint « le mari de la céramiste » lorsque sa femme, ayant tout appris de lui, le surpassa dans son art !

Création, reconnaissance, émancipation, amour... Une histoire d'égalité femme/homme et d'émancipation individuelle servie comme une fable incroyablement efficace et partiellement inspirée de