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Claude Lapointe est né en Lorraine, en 1938, en gare de Rémilly, avec un crayon mine HB entre les doigts.
Son premier dessin d'importance a donc été une locomotive.
Il lorgne vers l'architecture et le design, mais choisit pourtant le graphisme, l'illustration et simultanément l'enseignement, juste après mai 1968.
Il crée l'atelier d'illustration de l'école des arts décoratifs de Strasbourg.
Il rêve que soit enfin enseigné le langage mixte texte-image.
La peinture le préoccupe aujourd'hui comme l'illustration l'a fait pendant quarante ans...
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sur quel siège installez-vous votre lecteur ?
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Par Claude Lapointe |
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Que vous soyez illustrateur ou lecteur d’images, vous vous êtes forcément retrouvés à regarder les illustrations d’un endroit fictif, mais parfaitement localisable et bien ressenti, le siège du lecteur.
Vous êtes, selon l’image,
- en observateur, loin de la scène,
- proche comme un témoin,
- en plein dans la scène, dans l’émotion,
- et même, grâce au cadrage, dans la peau d’un personnage : vous voyez des mains qui pourraient être les vôtres, agir sous vos yeux...
Chacune de ces positions procure un sentiment qui va aller de la froideur à l’émotion forte. Plus vous vous rapprochez du point crucial de la scène, plus vous chauffez, plus vous êtes impliqué.
En plus de ces notions très basiques, j’aime bien évoquer la qualité des sièges depuis lesquels vous contemplez l’image ou sur lequel, vous illustrateur, vous installez votre lecteur.
Prenons deux bandes dessinées très connues, pour que chacun puisse se faire une image, parmi des milliers d’exemples possibles, sans doute même plus pertinents, mais moins connus.
Prenons le Tintin d’Hergé.
Les scènes sont représentées à une même distance. Dans les premiers albums, les personnages sont en pied, dans les derniers, ils sont plus près, en plan américain souvent. On s’est approché de quelques mètres. Dans l’ensemble le lecteur reste spectateur, comme au théâtre. Avec ce léger recul qui vous donne ce plaisir de voyeur. Vous contrôlez vos sentiments.
Vous regardez Tintin dans un fauteuil.
Prenons maintenant les images de Giraud pour Blueberry.
Son cadrage ne vous laisse pas en place, vous balade. Très loin, très haut pour un panorama, à quelques centimètres d’un personnage, dans son intimité, en vol d’oiseau au dessus d’une scène, jeté au ras du sol dans une contre-plongée vertigineuse… vous passez du plaisir d’un vol en parapente à une émotion intense très proche du héros...
Vous suivez les aventures de Blueberry attaché à une nacelle qui balaie l’espace !
Si Tintin vous emmène au théâtre, Blueberry vous emmène, lui, au cinéma. Je trouve les actions chez Hergé « plus lentes » que chez Giraud, mais bien sûr chacun ressent les choses selon sa sensibilité.
Chacun a sa perception et ses plaisirs.
Illustrateurs, imaginez le siège sur lequel vous installez vos lecteurs, vous découvrirez peut-être des angles que vous n’avez pas encore exploités.
Si vous êtes lecteur, essayez de situer dans l’espace, les endroits d’où les auteurs vous font regarder la scène. C’est intéressant. Vous découvrirez sans doute des correspondances avec le rythme de lecture, avec les émotions, avec le plaisir de voir depuis tel ou tel endroit, avec le confort de lecture ou non... et puis après tout faites ce que vous voulez, laissez-vous aller ou... apportez votre propre siège ! |
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