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Les différentes interprétations de La Barbe-Bleue
A l’origine, le conte de La Barbe-Bleue se rattache à trois variations d’une même histoire. Selon Paul Delarue, la première version se serait répandue au Canada et dans le reste de l’Europe. Dans ce conte populaire, un monstre violent enlève successivement trois sœurs et les soumet à la tentation de la chambre interdite. Heureusement, l’une des sœurs parvient à s’échapper furtivement et à sauver ses sœurs de l’animal fabuleux. La seconde histoire se rattache au conte oral français, la plus proche de la version de Perrault. Un homme tue ses femmes les unes après les autres pour les faire payer de leur curiosité jusqu’à ce qu’il soit tué à son tour pour tous les crimes qu’il a commis et que justice soit faite. La troisième interprétation est une forme christianisée du conte original, née dans le centre de la France, elle raconte l’histoire de deux sœurs enlevées par un être diabolique. Heureusement, des êtres divins viennent les sauvées du Malin. De son côté, Michèle Simonsen souligne dans son livre Le conte populaire français, la différence entre La Barbe-Bleue française et celle d’ailleurs. En France, le héros est un mari monstrueux rattaché au personnage de Gilles de Rai et aux crimes atroces qu’il a commis. Ailleurs, il garde l’apparence de l’animal fabuleux. Perrault conserve cette particularité française et reste fidèle à la tradition orale en gardant le thème général, le motif et les traits principaux. Il retravaille cependant la formulation de l’histoire et apporte quelques modifications importantes.
Les versions de La Barbe-Bleue dans le monde

Charles Perrault, La Barbe-Bleue, ill. par Eric Battut, Bilboquet, 2000
A partir de 8 ans
Résumé
Un riche gentilhomme nommé Barbe-Bleue cherche une demoiselle à marier. Mais aucune jeune fille ne veut l’épouser à cause de sa barbe bleue qui le rend laid. L’étrange disparition de ses six anciennes épouses crée un mystère autour de ses mariages. L’une d’entre elles, cependant, accepte de l’épouser. Un jour, il part en voyage et lui confie toutes les clefs du château y compris celle de son cabinet secret auquel il lui interdit formellement l’accès sous peine de mort. Elle succombe à la tentation et découvre horrifiée les six précédentes épouses mutilées et pendues. Elle laisse tombée la clef de stupéfaction. Malheureusement, une tâche de sang ineffaçable imprègne la clé. Lorsque le mari monstrueux rentre, elle la lui montre, il décide de la tuer. Les frères de la jeune femme, des mousquetaires, arrivent à temps pour tuer Barbe-Bleue et sauver la demoiselle.
Commentaire
Le conte de La Barbe-Bleue a été inventé par Perrault. Il a créé le plus monstrueux et le plus bestial de tous les héros de conte de fées ( à vrai dire, on se demande si ce conte fait partie de ce genre car à part la clé magique maculée, aucun autre élément surnaturel ou merveilleux n’apparaît ). Bruno Bettelheim nous informe, dans son livre La psychanalyse des contes de fées, que La Barbe-Bleue reprend des thèmes anciens de contes russes ou scandinaves. La mise à l’épreuve de l’épouse par exemple rappelle que dans certaines parties du monde, seule l’infidélité conjugale, parmi les manquements possibles de la femme, autorisait le mari à la tuer. Autre motif important, celui de la clé maculée de sang, il prévient le mari d’un forfait ou d’un meurtre, dans ce cas-ci, celui de l’infidélité et du manque de loyauté. L’auteur nous enseigne aussi que le thème de la tentation rappelle celui de l’adultère.
Eric Battut illustre bien le conte en lui donnant un aspect assez sombre et lugubre. Le bleu, le blanc et le noir dominent et laissent jaillir de temps en temps des tâches de rouge, couleur de sang. Ce livre est une des dernières éditions parues de La Barbe-Bleue.
NB : Eric Battut a illustré Peau d’âne avec Jean-Pierre Kerloc’h et Le Petit Chaperon rouge ( aux éditions Bilboquet ).
Sites
Entretien d’Eric Battut avec le magasine Citrouille :
http://perso.wanadoo.fr/citrouille/pages/d_doss/art_doss/191_doss.htm
Dossier sur Eric Battut ( entretien, extraits, illustrations et bibliographie ). Bulletin du CRLJ Midi-Pyrénées, centre de Ressources sur la littérature de jeunesse :
http://www.crlmidipyrenees.asso.fr/centre_ressources/bulletin/bulletin3/bull_carte.htm
Jacob et Wilhem Grimm, L’oiseau d’Ourdi, ill. par Marshall Arisman, Grasset Monsieur Chat, 1983
A partir de 8 ans
Résumé
Un maître sorcier se donne l’apparence d’un pauvre pour prendre au piège trois jolies filles et s’en emparer. Après quelques jours de vie commune avec la première, il s’en va en lui remettant un œuf qu’elle doit garder toujours auprès d’elle avec toutes les clés de la maison. Il lui interdit formellement d’aller dans son cabinet. La jeune femme désobéit et découvre dans la pièce une bassine de sang remplies des morceaux de corps humain. Elle laisse tomber l’œuf de frayeur qui garde les traces indélébiles du sang des victimes. Le sorcier tue la première sœur puis la seconde. La troisième est plus intelligente et conserve l’œuf sous cloche tandis qu’elle visite la maison, découvre la pièce interdite et sauve ses sœurs en les recousant. L’œuf n’est pas taché, le sorcier décide donc de l’épouser. Elle lui tend alors un piège en l’enfermant le jour de ses noces avec tous ses amis dans sa maison, et en y mettant le feu.
Commentaire
Barbe-Bleue et L’oiseau d’Ourdi traitent tous deux du thème de la chambre interdite. Les éléments qui dénoncent la femme sont la clé dans Barbe-Bleue et l’œuf dans L’oiseau d’Ourdi. L’œuf est le symbole de la sexualité féminine; la clé, celle du sexe masculin. Dans les deux contes, la fidélité des jeunes filles est mise à l’épreuve avant le mariage. La transgression du secret est un acte de trahison qui mérite châtiment : la mort. Comme pour la version de Cendrillon, les frères Grimm vont plus loin dans la cruauté et la violence des actes. Les scènes policées et élégantes de Perrault deviennent plus sanglantes. On assiste à un véritable bain de sang et de chair humaine. Les illustrations de Marshall Arisman ne semble pas être adaptées aux enfants tant elles sont effrayantes. Ce sera peut-être au goût d’un public amateur de visions sombres et macabres.
Sites :
François Toscane conte L’oiseau d’Ourdi :
http://perso.wanadoo.fr/delivre.toscane.sculpture.coaching/Contes.HTM
Sonia Koskas conte L’oiseau d’Ourdi et autres contes de Grimm :
http://www.zanzibart.com/soniakoskas/accueil.htm
Commentaire sur L’oiseau d’Ourdi par les éditions Grasset jeunesse :
http://www.grassetjeunesse.com/edgrasset_jeunesse/servlet/_FindArticleServlet?TXT_CODE=3709847
Détournements du conte de La Barbe-Bleue
Catherine Colomb, Ginette et le père Noël, I.L.M. Paris, 1988
A partir de 4 ans
Résumé
Un étrange Père Noël à la barbe bleue distribue à tous les enfants des invitations pour le soir de Noël. Ginette décide de prendre cette invitation au sérieux et part au rendez-vous. Dans le salon, un autre petit garçon, Jeannot, est déjà là. A peine est-elle arrivée que le Père Noël laisse seul les enfants en leur remettant les clés de la maison et en leur interdisant d’ouvrir la porte de son cabinet secret. Les enfants, tentés, ouvrent la porte interdite. Des marionnettes et des peluches vivantes ficellent les enfants en les menaçant d’être eux aussi transformés en jouets par Barbe-Bleue. Heureusement, les enfants parviennent à se délivrer de leurs chaînes et font fuir le criminel en lui faisant peur.
Commentaire
Dans son format à l’italienne, ce livre mêle dans ces pages deux personnages très connus et ressemblants quoique complètement opposés : le Père Noël et Barbe-Bleue. Ce drôle de personnage porte un costume rouge de Père Noël et une horrible barbe bleue. Le conte de Catherine Colomb reprend l’histoire principale de La Barbe-Bleue de Perrault tout en la recontextualisant dans le cadre de Noël. Elle la rend plus accessible aux enfants car elle enlève du conte les passages les plus sanglants. Le méchant homme ne tue pas ses invités, il les transforme en jouets et lui même n’est pas tué : pas une goutte de sang ne coule dans cette histoire qui ressemble au final à une farce d’enfant.
Grégoire Solotareff, Barbe-Rose, ill. par Nadja, Renardeau, L’Ecole des loisirs, 1990
A partir de 6 ans
Résumé
Barbe-Bleue, le célèbre tortionnaire, a un frère caché Barbe-Rose qu’il ne désire en aucun cas présenter au reste du monde par peur des moqueries. Barbe-Rose est si gentil qu’il déshonorerait la famille ! Un jour, Barbe-Bleue se marie à une jolie jeune fille et lui remet les clés du château et celle d’un cabinet secret dans lequel elle ne doit absolument pas pénétrer sous peine de mort. Lors de son absence, elle ne peut résister, entre dans le cabinet et y découvre les ex-épouses de son mari découpées en morceaux. Lorsque Barbe-Bleue revient, il s’aperçoit de la traîtrise de sa femme et la découpe elle aussi en rondelle. Heureusement, Barbe-Rose recoud toutes ces jeunes femmes et part en secret se marier avec elles en…Arabie !
Commentaire
Un interprétation somme toute peu différente de l’histoire de Perrault avec des ajouts humoristiques. Barbe-Rose s’emploie à être un personnage du côté du bien et s’évertue à réparer le mal que commet son frère guerrier. Son personnage contribue à rétablir un équilibre au conte. De cette manière, il est réadapté aux enfants qui sont sûrement ravis de voir ressusciter les pauvres épouses du mari cruel. A cela, Solotareff ajoute sa touche drôle et irrésistible en finissant l’histoire par le mariage de toutes les femmes de Barbe-Bleue avec Barbe-Rose en Arabie ( un pays où la polygamie est monnaie courante ). Cet additif permet de relativiser l’horreur des actes du mari monstrueux et de donner au conte cruel une part de fantaisie.
NB : Nadja, l’illustratrice, est la sœur de Grégoire : la littérature de jeunesse est un virus qui a touché toute la famille !
Sites :
Etude menée sur Grégoire Solotareff dans le cadre d’un dossier pédagogique par le groupe romand et tessinois des centres de documentation :
http://www.edunet.ch/classes/c2/solotareff/biographie.htm
Nadja, petite biographie et présentation de ces albums :
http://www.ldj.tm.fr/exposition/artdequi.htm
Muriel Bloch, «Barbe-Rouge » dans 365 contes pour tous les âges, ill. par Mireille Vautier, Gallimard Jeunesse, 1995 ( coll. Giboulées )
A partir de 8 ans
Résumé
Barbe-Rouge s’était marié sept fois et avait perdu successivement ses femmes au bout de peu de temps de mariage. Avec la huitième, il vécut dix ans et eut deux filles et un garçon. Un jour, il lui prit une telle haine contre sa femme qu’il résolut de s’en débarrasser. Quand elle rentra de la messe, il lui annonça sa décision de la tuer. Elle consentît à condition de porter ses habits de noces. A l’étage, elle retarda le plus qu’elle pu l’heure de son exécution et fit des signes à des cavaliers passant par là. Lorsqu’elle dut descendre, des militaires vinrent la secourir et tuèrent Barbe-Rouge. Au bout de son deuil, elle se maria avec l’un d’entre eux.
Commentaire
Ce conte, tiré du livre des Contes populaires bretons recueillis par F.-M .Luzel, semble être un mélange de la version traditionnelle de Barbe-Bleue et d’une comptine célèbre « Promenons-nous dans les bois… ». En effet, un leitmotiv revient régulièrement dans le conte : « J’aiguise, j’aiguise mon couteau, Pour tuer ma femme qui est en haut » et elle répond à ce refrain qu’elle n’est jamais complètement prête « Non, je n’ai encore mis que mon cotillon de dessous […] Non, dit-elle je suis à chausser mes bas. etc… » Au final, Barbe-Rouge s’impatiente comme dans le conte de Perrault et elle descend de mauvaise grâce en priant pour qu’un brave chevalier vienne la délivrer.
Sites
Entretien avec Muriel Bloch ( Istres, Coursives ):
http://www.san-vnf.fr/fr/press/cours/c96/cours9610.htm
Entretien avec Muriel Bloch ( Zanzibart, association d’artistes) :
http://www.zanzibart.com/laparole/encours/chap1.htm
Critique de 365 contes pour tous les âges par le magasine Lire :
http://www.lire.fr/Jeunesse_3/236_001307H.asp
Bruno de la Salle, Le conteur amoureux, Casterman, 1995
A partir de 8 ans
Résumé
Un homme pauvre avait quatre filles à marier. Un jour, il rencontre un géant à la barbe bleue dont le corps était un paysage. Ils font un pacte, le vieil homme échange chaque fille contre un sac d’or. Trois fois le marché est passé et trois filles disparaissent sans laisser de traces. Il est temps pour la quatrième d’être livrée au géant. Au bout d’un an de vie commune, Barbe-Bleue part en voyage et remet les clés du château à la jeune femme en la prévenant du danger qu’elle encourt si elle va dans son cabinet secret. Sans plus tarder, elle ouvre la porte interdite et découvre les femmes précédentes de son mari. Elle comprend tout et ne lâche pas la clé. Une porte au fond du cabinet attire son attention, elle y découvre une grotte qui cache un paysage aussi vaste que la Terre. C’est le géant qui pleure sa malédiction. Elle lâche la clé de compassion. Alarmé le géant va la tuer. Elle veut bien se livrer à condition d’être en habit de noces. Il accepte et attend jusqu'à ce qu’elle redescende vêtue de trois habits : une chemise blanche, une robe rouge et un manteau bleu. Pour la tuer, le géant doit se défaire comme elle de ses habits. Elle enlève son manteau et il retire sa barbe et sa peau puis elle ôte sa robe et il enlève sa blessure intérieure, elle retire sa chemise et il ne reste plus de lui que de la pierre. Le château s’écroule, un prince renaît de ses cendres.
Commentaire
Cette version a été soufflée à Bruno de la Salle par une de ses amie bibliothécaire. Il a opté pour cette interprétation parce qu’elle a une issue heureuse contrairement à toutes autres. Ainsi, la malédiction de Barbe-Bleue s’arrête là où commence une véritable histoire d’amour. Cette version nous présente un Barbe-Bleue à mi-chemin entre la douceur et la cruauté. Il pleure les femmes qu’il tue mais il ne peut se défaire de ce corps dans lequel le maléfice est inscrit. Il est prisonnier de ses blessures. Finalement, ce Barbe-Bleue est le plus humain de tous ceux qui ont existé.
Cette version rappelle celle répandue en Europe et au Canada dans laquelle un animal fabuleux enlève successivement 3 filles et les tue jusqu'à ce que la quatrième et plus maligne réussisse à sauver ses trois sœurs et à s’échapper. Bruno de la Salle nous propose une interprétation qui se rapproche plus du genre du conte de fées car elle implique beaucoup d’éléments merveilleux par rapport à la version originale.
Sites
Un site très complet sur Bruno de La Salle ( biographie, sonothèque, spectacles, bibliographie ) :
http://www.clio.org/clio/bibliobdlsmaj.htm#haut
Photographie du livre Le conteur amoureux :
http://www.clio.org/manifes/leconteuramoureux.htm
Gudule, Mon papy s’appelle Barbe-Bleue, Hachette livre, 1997 ( Coll. Bibliothèque Rose dans la série « Les frousses de Zoé » )
A partir de 10 ans
Résumé
Zoé et sa famille ont le nez vissé sur les informations à la télévision : un tueur de mamie, Gaston Landru sévit dans la ville. La grand-mère de Zoé doit justement présenter à la famille son nouveau fiancé. Le jour où la fillette doit la rencontrer, sa mamie a disparue. Zoé a un étrange pressentiment et si le fiancé n’était rien d’autre que le tueur en série. Elle se précipite au musée d’histoire naturelle où travaille le criminel. Elle y rencontre un étrange gardien à la barbe rouge, il attrape Zoé et...la transforme en statue de cire comme les victimes précédentes. « Zoé... Zoé... il est temps de se lever ! » Zoé se reveille dans son lit. Le cauchemar est bel et bien fini pour la petite fille mais quelle frousse !
Commentaire
Les enfants apprécieront sûrement ce roman plein de suspens. Beaucoup de retournements de situations laissent perplexe. Il s’agit bel et bien pour Gudule de perdre le lecteur entre rêve et réalité. Pari réussi ! Même les plus grands se perdront avec plaisir dans cet univers mi-magique, mi-réel. Zoo habite le monde des tueurs en série ... Le tout donne un livre sympathique et adapté aux enfants.
Site :
Travail de Stéphanie Desseaux sur Gudule (université de Lille III, 1998) :
http://www.univ-lille3.fr/www/Ufr/idist/jeunet/auteurs/gudule98/fr_gudule.htm
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