Entretien avec Anne Crausaz


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Diplômée en design graphique à l’école cantonale de Lausanne en 1997, Anne Crausaz a également obtenu la bourse « Ateliers pour illustrateurs » de l’office général de la culture. En 2002, elle est lauréate du Concours fédéral de design. Ses « histoires naturelles » éditées par les éditions MeMo ont reçu plusieurs prix. Raymond rêve (2007) a obtenu le prix « Sorcière 2009 » et J’ai grandi ici (2008) a obtenu le prix de « La Science se livre ». En 2009, elle publie un nouvel album Maintenant que tu sais ainsi qu’un jeu Raymond joue, avec Raymond, son désormais célèbre escargot.
Mis en ligne en avril 2010


- Comment êtes-vous arrivée à la littérature jeunesse ?
J’ai fais des études de graphisme à l’école cantonale d’art de Lausanne en section design graphique. Pendant ces années, je me suis toujours arrangée pour que chaque exercice donné par un professeur devienne un livre ou une séquence, que ce soit dans les cours de photographie, de dessin ou de graphisme. Le fait de faire des albums pour enfants était donc une suite assez logique et j’y pensais d’ailleurs depuis longtemps.



- Quels livres vous ont marquée lorsque vous étiez enfant ?
Il y en a plusieurs : La Pomme et le Dragon de Janosh, Petit bleu et Petit jaune de Léo Lionni, Cinq Poneys dans la lune de Gordon Lightfoot illustré par Delessert. Celui qui m’a le plus influencé graphiquement est certainement La Pomme et le Papillon de Iela et Enzo Mari. Quant à celui qui m’a le plus marqué au niveau de l’histoire, c’est incontestablement Sept histoires de souris de Arnold Lobel. Ces livres que mes parents m’ont lus sont gravés dans mon esprit, je les ai tous recherchés et relus avec une grande émotion.



- Est-ce que cela a été difficile de trouver un éditeur ?
Cela a été plutôt facile pour Raymond rêve. J’ai envoyé une maquette assez aboutie à cinq éditeurs choisis avec minutie. C’est en me plongeant dans l’édition pour enfants que j’ai découvert MeMo et j’ai alors eu un énorme coup de cœur. C’est exactement de cette manière que j’avais envie de travailler car leurs livres sont magnifiques, réalisés avec un papier très épais et un graphisme soigné et épuré. J’ai d’ailleurs une grande admiration pour certains de leurs auteurs comme Anne Bertier, Malika Doray, Emilie Vast et Louise-Marie Cumont. Le livre Dans moi d’Alex Cousseau et Kitty Crowther est l’un de mes préférés.



- Quelle technique utilisez-vous pour réaliser vos illustrations ?
Je travaille avec un logiciel qui s’appelle Illustrator, bien que j’aime aussi dessiner à la main. Ce qui me convient le mieux en travaillant avec ce programme, c’est la souplesse de l’outil car rien n’est figé. On peut changer aussi bien la taille que la couleur ou l’emplacement des éléments. C’est une énorme liberté de création je trouve. Cela me permet de faire des va et vient entre les pages, en changeant au fur et à mesure textes et images jusqu’à la dernière minute.

- L’univers que vous dessinez dans vos albums est extrêmement poétique, empli de douceur et d’harmonie, quelles sont vos sources d’inspiration ?
Ce qui est sûr, c’est qu’une seule petite marche en forêt ou en montagne me donne accès à plein d’idées à exploiter. Bon, bien sûr, au retour il faut trier ! Mais les inspirations viennent aussi d’ailleurs : de livres, discussions, expositions,… C’est intéressant de chercher des idées dans des domaines différents du mien comme l’art contemporain. Parfois, la vue d’une image ou d’une installation peut me faire partir sur un thème inattendu.



- Le choix de l’amanite dans le dernier album (Maintenant que tu sais) est surprenant et original, comment avez-vous eu cette idée ?
J’ai vu pousser des amanites tue-mouches énormes sur des lits d’aiguilles de pins. C’était si parfait et en même temps si éphémère, je me disais depuis longtemps que j’allais faire un livre sur ces champignons incroyables et tellement utilisés dans les contes. Et puis je revois aussi ces images d’enfants qui détruisaient d’un coup de pied les champignons vénéneux. J’ai grandi dans la nature, alors je suis sensible à sa perfection jusqu’aux moindres détails. Le fait d’avoir un enfant me replonge dans cet état de curiosité qu’ont les enfants face au monde qui les entoure.



- On retrouve dans vos albums des thématiques récurrentes telles que la métamorphose, l’acceptation de soi, le respect de la nature, pensez-vous que les enfants y soient sensibles ?
Je ne choisis pas mes thématiques en pensant que ces sujets vont plaire aux enfants. Je travaille plutôt sur des sujets qui me touchent et que j’ai envie de leur transmettre en espérant bien sûr qu’ils y seront sensibles. J’ai l’impression que c’est de cette manière que j’arrive à m’investir dans mes projets.

- Dans votre dernier album "Maintenant que tu sais"; on retrouve Raymond l’escargot. Est-ce une façon de créer un lien entre vos ouvrages ? Envisagez-vous de nouvelles aventures avec Raymond ?
J’avais imaginé en créant Raymond rêve que j’allais traiter plein d’autres sujets autour de cet escargot. Car c’est un animal graphique, sa forme ronde et simple se prête à beaucoup de transformations. Pour le moment, je préfère que Raymond et sa famille fassent des petites visites comme ça au détour d’une page… Je n’exclus pas l’idée d’une suite pour autant que je trouve une suite valable.



- Vous avez obtenu plusieurs prix, est-ce important pour vous ?
Oui, bien sûr que c’est important. Ca me conforte dans une direction où je ne privilégie pas la rentabilité mais où j’essaye au maximum d’aller au bout d’une idée et de soigner les illustrations. Cela me prend du temps mais quand je vois que certaines personnes y sont sensibles cela me fait plaisir.

- Quels sont vos projets ?
Je travaille actuellement sur un livre destiné aux très jeunes enfants. On peut dire que c’est un livre de naissance. Un adulte emmène un enfant dans une promenade en forêt à travers les 4 saisons et les 5 sens.



- Combien de temps faut-il pour réaliser un album ?
C’est difficile à quantifier, mais j’ai envie de dire 3 mois à plein temps. Il est important que cela puisse s’échelonner dans le temps pour avoir du recul sur le texte et les images. Pendant cette phase de réalisation, l’échange avec l’éditeur est enrichissant car les modifications proposées sont pertinentes et dans le cas de MeMo, elles ne sont pas liées à des fins commerciales.



- Aimeriez-vous illustrer des histoires écrites par d’autres ou préférez-vous travailler sur vos propres créations ?
Je trouve que ce n’est pas si facile de s’approprier un monde qui n’est pas forcément le sien, mais il y a toujours évidemment des coups de cœur. Je ne veux pas exclure cette idée mais j’aime vraiment dessiner des histoires et écrire avec des dessins. J’adore ce moment, le meilleur à mon goût, où une histoire pointe son nez juste avec quelques images mises les unes après les autres. Bien sûr la plupart des projets sont rapidement mis de côté mais si cette étape était déjà toute prête, je ressentirais un grand manque. Mais après tout je n’en sais rien puisque je n’ai jamais réellement travaillé de cette manière.

Sylvia OUKKAL, licence professionnelle métiers de l’édition et du commerce du livre de l’IUT Paris Descartes.
Voir aussi : La biographie de Anne Crausaz sur Ricochet
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