L'avis de RicochetValantin, presque 15 ans, est devenu un obsédé sexuel. « Depuis quelques mois, je suis comme ça, je mate les filles. Toutes. Dans la classe, au lycée, à la salle de sport du quartier, dans la rue, au ciné, partout. Même les vieilles de vingt-cinq ans… » (p.6) En ce jeudi après-midi, il achète des ciseaux dans une papeterie. Malgré le troublant décolleté de la vendeuse, et les ongles manucurés de la caissière, il choisit sa paire avec un grand soin. Rentré chez lui, seul par cette chaude après-midi, il divague sur sa vie, sur l’usage qu’il fera de ses ciseaux, tout cela entre deux moments de masturbation. Bien plus tard, ses parents rentreront, et là, grâce aux mots et aux ciseaux, Valantin est bien décidé à couper le cordon.
Un roman pour adolescents sur le thème de la masturbation masculine, voilà qui surprendra, voire choquera. Dans une ambiance moite, le personnage s’adonne aux plaisirs solitaires sans complexe, assumant ses désirs face au miroir. Néanmoins, il frémit au moindre soupçon de retour des parents : « Une portière claque dans la rue. Je sursaute » (p.81). L’adolescent vigoureux se glisse alors dans la peau du fils : « La plupart des adultes se gardent de parler de l’essentiel. Bon, ils font comme ils veulent. D’ailleurs, ils ont raison. J’irais pas discuter de cul et de cœur avec mon père. » (p.41)
Au gré de ses pensées, Valantin évoque sa vie. Les copains, avec lesquels on se compare sans trop laisser deviner de soi-même. Les filles, les ex, les futures, les fantasmées. La vie au lycée (petite faiblesse du roman : à 14 ans et demi, on est encore au collège…). Les parents, qui ne comprennent rien « Les parents ont une manie. Un vice de forme. Ils me voient sans me voir. Ils voient de moi ce qu’ils veulent voir. » (p.96)
Le vocabulaire est cru, mais jamais vulgaire. L’admiration que Valentin porte à son sexe, et l’écriture poétique de l’auteur donnent aux passages osés une jolie candeur : « J’aime bien sentir ma verge au repos, toute flasque. J’y reviens, je me la prend dans le creux de la paume. Elle est bien, je suis bien. » (p. 47), « la tension monte jusqu’au sommet de ma tête, une autre dégringole jusqu’à mes pieds, et soudain ça déboule, c’est l’ivresse, je me mords les lèvres pour ne pas hurler, c’est le meilleur de la vie qui gicle » (p.77).
Et c’est cela la vraie réussite du roman : le lecteur abandonne petit à petit ses réticences par rapport au sujet et au vocabulaire, au fur et à mesure qu’il admet que : c’est la vie qui s’exprime là. « Ce français-là, c’est la langue de la vie et on en entend pas beaucoup parler. » (p.81) La masturbation à l’adolescence, est une pratique normale voire recommandée. Comme cela est très bien exprimé dans le roman, les adultes n’ont pas à s’en mêler, cela fait partie de l’intimité.
Pas forcément du goût des adultes (qui feindront avoir oublié ces découvertes troublantes de leur jeunesse !), ce récit sans langue de bois, et sans être un « roman-médicament », sonnera juste aux oreilles des ados. Jeu de mains décomplexe la découverte de la sexualité chez les adolescents avec verdeur, poésie et humour. Cécile Gaultier Voir la chronique de Cécile Gaultier
L'éditeur : RouergueLe département jeunesse des éditions du Rouergue a été créé en 1994 par Olivier Douzou juste après la parution de son premier album, Jojo la Mache. Auparavant, Olivier Douzou, alors salarié d'une agence de graphisme parisienne, avait réalisé la mise en page de plusieurs ouvrages des éditions du... |
L'avis des internautes
(Les avis exprimés ci-dessous n'engagent que leurs auteurs)Pour la faiblesse des 14 ans au lycée, son avance est évoqué brievement par son père.