L’auteur du Monde de Sophie nous convie, dans ce livre, à une histoire bouleversante. Celle d’un homme qui se sachant condamné par la maladie décide de laisser une lettre à son fils, alors âgé de 4 ans, dans l’espoir qu’il la lira à l’approche de l’adolescence. Durant des années, les fils ignore cette lettre jusqu’au jour où elle lui parvient.
Au fil des pages, Georg apprend à connaître son père disparu, à découvrir celle qui se cache derrière cette « belle aux oranges » qui se révèlera être sa propre mère. A travers cette lettre posthume, l’adolescent saisit la force de l’amour qui unissait ses parents, jusqu’à la terrible disparition.
Son père lui aura donné le meilleur de lui-même, et surtout sa passion pour les étoiles. Le récit est étayé de brefs passages du récit du père, de commentaires du fils ; on suit peu à peu l’adolescent dans sa quête presque initiatique. Nous avons ici affaire à un double écueil : le père sait qu’il va mourir, il contemple son enfant de 4 ans, projetant sur lui ce qu’il aimerait lui transmettre plus tard. Le fils tente de se rappeler ses derniers moments avec ce père fantôme, et répond à ses questions sur le sens de l’existence, sur l’astronomie, sur le télescope Hubble. Au fil du récit, l’auteur conduit le lecteur à s’interroger sur notre capacité à apprécier la vie, et surtout à l’aimer.
Jostein Gaarder a réussit un grand texte, qui nous touche au plus profond, car nous savons tous que notre existence est éphémère, que nous ne sommes que de passage. En empruntant le personnage du père, nous sommes comme obligés de nous projeter dans l’avenir : se pose alors la question de la transmission et de la fin de notre existence. Pourtant, rien ici n’est triste : le père concentre toute l’énergie d’un survivant qui sent la vie lui échapper, mais qui l’aime au-delà de tout. Au final, on sent que ce fils n’est pas si éloigné, malgré l’absence du père. Et si par hasard, le lecteur est lui-même parent, ce beau texte atteint encore plus son but, celui de nous donner l’espoir que même des petits riens partagés construisent un être. Un formidable texte à découvrir.
E.A.
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