L'avis de RicochetDans ce nouveau roman empreint des meurtrissures de l'enfance et des événements de mai 1968, l'auteur pour la jeunesse juxtapose des petites scènes de la vie quotidienne d'un adolescent atteint d'une maladie imaginaire.
1968. Une année révolutionnaire et euphorique pour les uns, la terreur pour le narrateur. Il vient d'avoir treize ans et son père sort juste de prison. Son père qui n'est que " l'autre " : un fou qui ment, vole et cogne. Pour oublier l'enfer quotidien, il n'y a qu'une solution : s'inventer une maladie colorée d'espoir.
Récit douloureux, La Maladie Bleue évoque sous forme de journal intime, les souffrances d'un adolescent en mal de père. Les scènes se suivent à une vitesse hallucinante, ponctuées par des encarts publicitaires de journaux datés de 1968, que l'enfant entasse sous son lit.
L'auteur, récompensé par le prix du roman jeunesse Brive-Montréal en 1996, propose ici une vision très personnelle du Paris de 1968 : un adolescent raconte son mal de vivre dans une capitale en pleine ébullition. C'est son mai 68 à lui qui importe ici : sa haine pour " l'autre " qui vole son argent de poche et dilapide les économies du ménage, la visite de l'huissier de justice, les petits larcins avec les copains, les contemplations morbides devant la glace, son envie de mourir, ses veines bleutées qui le défigurent…
L'écriture est grave et réfléchie du début à la fin. Celle d'un adolescent mûr avant l'âge par la force des choses. " Mercredi 15 mai 1968. Cinq heures du matin. Maman vient doucement me réveiller. L'autre en a décidé ainsi. Il vaut mieux s'exécuter, ne pas tenter de discuter. Cette attitude, qui semble ressortir du renoncement, c'est aussi de la prudence. Qui sait ce qui se passerait, si nous nous révoltions ? Peut-être notre vie s'arrêterait-elle là, dans l'aube d'un jour de mai, au milieu d'une mare de sang rouge et bleu."
Alain Korkos offre ici un petit chef-d'œuvre dont on conseille volontiers la lecture, à des adolescents comme à des adultes, nostalgiques d'une époque qui continue à marquer les mémoires. " Nous descendons par milliers le boulevard Magenta, dans le but de rejoindre la gare de Lyon où un immense meeting est prévu. Mais la place de la République est interdite aux enragés. " Un roman plein d'émotion qui se lit sans difficulté, à partir de 14 ans.
Auteur à succès pour un public réputé exigeant, Alain Korkos mène plusieurs lièvres à la fois et avec passion : illustration, bande dessinée, nouvelles, romans, feuilletons, scénarios… Auteur engagé, il se veut près de la jeunesse en animant des débats au sein d'établissements scolaires sur l'intolérance, le racisme, la démocratie. Son dernier roman, En attendant Eliane a été censuré dans certains départements par les partis d 'extrême droite. Eternel adolescent, il a créé son site internet (Plumes et pinceaux), histoire d'être encore plus proche de ses lecteurs.
Laure FROEHLY, étudiante en DUT métiers du livre à l'IUT Paris 1/3/2001 L'éditeur : Seuil JeunesseCréées en 1935 par le publicitaire Henri Sjöberg, les éditions du Seuil n'ont jusqu'en 1945 qu'une activité restreinte. Dès 1945, la parution du Journal d'un prêtre-ouvrier en Allemagne d'Henri Perrin marque la maison. Les éditions se spécialiseront dans les sciences humaines (revue Esprit... |
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