Comme Little Nemo, le héros de Winsor McCay qui, au début du XXe siècle déjà, emmenait les lecteurs dans les délires de son sommeil, un jeune garçon au pyjama rayé nous convie ici à le suivre, le temps d’un songe époustouflant. C’est à New York – la ville qui, elle, ne dort jamais – que s’envole son imaginaire.
Un rhodoïde strié est associé à l’ouvrage et, à son passage, les illustrations de l’album s’animent, témoignant de la spectaculaire effervescence des quartiers de Broadway, Times Square ou Manhattan. (Le site YouTube s’est prêté à l’exercice pour une
démonstration en images.) Défilent alors un échangeur autoroutier au trafic dense, des avenues éblouissantes et des centres commerciaux aux escalators bondés. Le tourbillon de la démesure est si fidèlement restitué que, pour un peu, on croirait entendre le hurlement des klaxons excédés. Dans l’agitation de la mégapole, seules les feuilles des arbres de Central Park semblent percevoir encore le murmure du vent.
Michaël Leblond utilise ici avec ingéniosité l’ombro-cinéma – une technique d’animation ancienne – qu’il met au service d’un texte rythmé et typographié à la verticale quand il transcrit les éléments du rêve. De même, le travail graphique de Frédérique Bertrand – réalisé à partir de dessins découpés – s’intègre harmonieusement à l’ensemble de l’ouvrage.
Notons encore que ce « procédé de restitution du mouvement » avait été déjà exploité avec succès en littérature de jeunesse (notamment dans les livres de Rufus Butler Seder aux éditions Play Bac). Une
page web dresse l’inventaire de ces précédentes publications, alors que
la revue Dada décortique, sous les yeux ébahis des internautes, la technique qui fait le succès du génialissime
New York en pyjamarama.
Excellente nouvelle, les auteurs nous promettent la sortie, en mars 2012, d’un deuxième volume tout aussi décoiffant :
Luna Park en pyjamarama !
A l’heure des loisirs interactifs, l’album papier n’a donc décidément pas fini de nous épater…