L'avis de RicochetLe 20 décembre 2011, l’agent Hector Boyau, en service ce jour-là au commissariat de police de 13ème arrondissement de Paris, rédige un étrange procès-verbal.
Il y relate qu’un certain Alonzo Boimami a apporté au commissariat un dossier trouvé dans une poubelle, contenant 23 devoirs d’expression écrite, rédigés par des écoliers, et corrigés très précisément par une maîtresse attentive. Une brève enquête n’a pas permis aux policiers de trouver l’élève qui a dérobé et jeté ces devoirs. Le dossier passera donc un an et un jour aux objets trouvés.
Examinons l’objet du délit :
23 rédactions rédigées le lundi 5 décembre, à la main, sur des feuilles quadrillées. Un sujet : « Vous passez un après-midi avec votre grand-mère. Racontez. »
Neuf filles et 14 garçons s’y sont donc attelés, avec plus ou moins de bonheur, d’inspiration et d’orthographe. Certains s’appliquent, font preuve d’une grande imagination, soignent la graphie, (comme Aude-Aurore de la Minaudière ou Séraphin Gourmet), tentent la poésie (Amélie Rique). Romain Tristou, lui, est beaucoup plus laconique et expédie l’affaire en une phrase définitive : « Moi, je ne passe pas de mercredis avec ma grand-mère, parce que ma grand-mère, elle est morte ». Timothée Lemauvais fait ce qu’il peut, mais l’orthographe reste approximative : « Ma mammie, aile été métraice des cols, avant. Alors chak foua qu’el meu voua, sé pourre meu piké mon karthab et toux regardé deudant. » Hector Panan a la chance d’avoir une grand-mère « justicière mutante masquée » et ses mercredis deviennent inter galaxiques. Quant à Yves Erlan, il est à la pointe du langage branché : « Ma mima, elle est trop giga ! J’te jure quand je vais chez elle le dicremer, je m’éclate à donf. Elle est trop ! D’abord, elle a toujours les derniers CD techno – rap – dance – machine. »
Ces devoirs, qui révèlent des personnalités toutes différentes et déjà affirmées, sont corrigés et annotés à l’encre rouge par une maîtresse qui prend sa tâche avec le plus grand sérieux. Ses commentaires sont ciblés, encourageants ou parfois indignés, mais toujours guidés par le souci de faire progresser ses chers élèves.
Pour être le plus réaliste possible, les textes ont été lettrés en caractères manuscrits. Cela donne un livre très agréable à lire, qui rappelle à tous de bons ou de mauvais souvenirs, et qui souligne aussi le travail des enseignants et l’attention qu’ils portent aux enfants qui leur sont confiés. Ce n’est pas inutile de le rappeler parfois.
Catherine Gentile Voir la chronique de Catherine Gentile
Brève présentation par l'éditeurUn étrange dossier atterrit dans les bureaux du commissariat de police du XIIe arrondissement de Paris. A l'intérieur, vingt-trois rédactions, sans doute dérobées par un élève malicieux...
Ces copies, les voici, soigneusement rassemblées dans ce livre-dossier. L'éditeur : CastermanCréée en 1780 par Donat Casterman, cette entreprise d'imprimerie et d'édition se succède de père en fils depuis plus de deux siècles. En 1934, Louis Casterman prend le relais du Petit Vingtième pour la publication en recueil des Cigares du Pharaons, le quatrième épisode des aventures de Tintin... |