Ce roman, jusqu’ici très agréablement accueilli par les jeunes lecteurs de Hollande, d’Allemagne, de Grande Bretagne et d’Amérique notamment, a provoqué un concert d’indignation chez les membres vivants de la famille d’Anne Frank. Exaspérés eux aussi, les proches de l’institution qui lui est dédiée estiment indélicat d’exploiter le destin si tragique – et universellement connu – de cette icône de l’holocauste au service d’une fiction.
L’auteure, quant à elle, expose et justifie sa démarche : elle a imaginé, à travers un nouveau regard, la vie des huit clandestins juifs cachés des persécutions nazies dans l’
Annexe du 263 Prinsengracht à Amsterdam. Le narrateur de son récit, Peter van Pels, y a cohabité durant environ deux ans avec ses parents et les Frank ; sa perception de leur vie, bien qu’inventée, reste fidèle aux faits relatés dans
Le Journal d’Anne Frank. Comme si réinterpréter ce témoignage permettait, pour Sharon Dogar, de le maintenir en vie, tout en lui apportant quelques nuances de points de vue… : « nous pouvons prolonger [l’]histoire [d’Anne Frank], continuer à réfléchir à ce que signifie être un homme, et nous pouvons (comme [elle]) essayer de maintenir la mémoire de la Seconde Guerre mondiale pour chaque génération à venir, dans l’espoir que toutes demeurent conscientes des conséquences catastrophiques que peut engendrer la haine ».
Les mots d’Anne et de Peter sont souvent complémentaires, à l’image de ces deux adolescents confinés qui s’apprivoisent au fil du temps et des pages. Si le
Le Journal d’Anne Frank s’achève en août 1944 lors de l’arrestation des occupants de l’
Annexe, le roman de Dogar se poursuit pour raconter l’horreur de leur déportation à Westerbork, puis à Auschwitz et à Mauthausen. L’auteure a construit cette deuxième partie de
Cachés sur la base des témoignages et preuves laissés par les survivants des camps de concentration.
Le texte d’Anne Frank, comme celui fictif de Sharon Dogar, permettent aux lecteurs de prendre une plus juste mesure de ce qu’a été la guerre à l’échelle d’un individu et de ses proches. En ce sens, ils représentent pour moi des lectures indispensables.
Sur la même thématique – celle d’un auteur vouant son imagination à « saisir l’inimaginable » –, le roman
Un jour de Morris Gleitzman (édité par les Grandes Personnes en 2011) reste un chef d’œuvre incontournable.