L'avis de RicochetEstrella vit depuis toujours avec sa mère et ses grands-parents dans un petit village espagnol. Ses journées se passent tranquillement, rythmées par les bavardages avec son amie Catalina, les ordres de son autoritaire grand-mère, la cueillette d’herbes qui soignent avec sa mère, les visites de son grand frère religieux. En peu de temps, ce quotidien va basculer : des villageois sont poursuivis, leurs biens brûlés à cause de leur religion juive, et sa relation avec Catalina s’effiloche car Estrella aime et est aimé d’Andrés, le promis de son amie. Catalina va chercher à se venger, et faire prendre conscience à Estrella d’une réalité que sa famille lui avait toujours cachée.
On oublie souvent les exactions dont ont été victimes les Juifs au Moyen-Age puis à la Renaissance, en particulier au temps de l’Inquisition espagnole. Obligés de se convertir massivement, certains continuaient toutefois à pratiquer en secret leurs rituels, à exercer leur métier comme le grand-père chirurgien. Comme le souligne le livre, les Musulmans n’étaient pas non plus épargnés, et Estrella chassée trouve plusieurs fois refuge dans leur quartier. La jeune narratrice se centre sur les menues actions de sa vie (nous permettant au passage une plongée âpre au cœur du XVIème siècle espagnol) et découvre tardivement sa judaïté. Elle n’en parle donc pas, évoque simplement l’église le dimanche et son frère qu’elle admire. Les deux premières parties du roman se construisent sur ce non-dit, que le lecteur devine mais dont il ne sait comment il va être utilisé. Le suspens monte avec une écriture détaillée et vivante de jours heureux, puis les indices se précisent de plus en plus rapidement. La fin proche de l’horreur est rattrapée par l’amour, et l’espoir d’un avenir meilleur... Un beau plaidoyer pour la tolérance et le droit à la différence, qui nous rappelle que les tentations extrémistes n’ont et n’auront pas d’âge.
A lire aussi sur le même sujet : la série des Elvina de Sylvie Weil (Ecole des Loisirs), des romans beaucoup moins violents mais tout aussi intéressants. Sophie Pilaire Voir la chronique de Sophie Pilaire
L'éditeur : Gallimard JeunesseC'est en 1972, que Pierre Marchand fonde le département Gallimard Jeunesse, avec Jean-Olivier Héron, tous deux fondateurs de la revue Voiles et Voiliers. Leur ambition est de placer la qualité artistique de leur production au niveau de la réputation littéraire de la prestigieuse maison. D'emblée, ils... |