L'avis de RicochetDans ce monde qu’imagine Michel Grimaud, il y a les riches, enfermés dans des villes protégées et désertifiées, qui ont encore un travail. Et puis les gueux, les exclus, les chômeurs, qui sont de loin les plus nombreux sur cette terre dévastée, errant en petits groupes dépenaillés sur les routes défoncées des campagnes à l’abandon, de chômvil en chômvill, les bidonvilles situés à l’écart des métropoles. Ils cherchent un asile, un emploi. Dans ce monde déshumanisé, il n’y a pas de solidarité, c’est chacun pour soi, pour la nourriture qui se fait rare, pour les objets de la vie quotidienne, pour la survie. Il n’y a presque plus de travail : les automates et les ordinateurs se chargent de presque tout, y compris de rendre la justice. Les terribles Recruteurs, oeuvrant pour la puissante Coespa, la société chargée d’exploiter les richesses de l’espace, emploient des méthodes expéditives et discutables pour trouver les ouvriers qui partiront dans les stations spatiales, car le travail y est dur, dangereux, les conditions de vie déplorables et l’on dit que beaucoup y laissent leur peau.
C’est dans ce monde profondément injuste, très policé, très cloisonné, qu’évoluent les protagonistes de ce récit futuriste : Piéro le Barde, 25 ans, chômeur, baroudeur et raconteur d’histoires, qui parcourt l’Europe avec sa mandoline tel un troubadour du Moyen Age, pour divertir tous ceux qui n’ont jamais appris à lire et ne savent pas les histoires des temps anciens ; puis Laure, une jeune aveugle sans ressources que Piéro rencontre, avec laquelle il voyagera ; enfin Vivien, un recruteur se faisant passer pour un chômeur afin d’approcher aisément des « candidats » à l’espace. Ces trois vagabonds-là, font la route, pour des raisons différentes et leurs chemins se croisent, peut-être pour un monde meilleur.
Un très bon roman d’anticipation, qui s’intéresse aux exclus survivant dans une France délétère aux environ de 2070. Il est très crédible car Michel Grimaud pousse à l’extrême la logique d’exclusion qui gangrène aujourd’hui les sociétés occidentales et celle du libéralisme qui n’hésite pas à fermer des entreprises rentables pour le profit des actionnaires.
Les personnages du roman sont intéressants, denses, qui vivent avec leurs contradictions et apprennent, parfois malgré eux des valeurs oubliées, comme l’entraide, la solidarité, la désobéissance. La langue est élégante et fluide.
Un seul regret : que la dernière partie ne soit pas plus étoffée. Le roman y aurait gagné.
Catherine Gentile Voir la chronique de Catherine Gentile
L'éditeur : MijadeLa maison d'édition Mijade est née en 1993 du rêve de son fondateur, Michel Demeulenaere. Mijade, c'est une équipe ...de trois personnes. Michel circule dans les foires spécialisées et détermine les choix éditoriaux. Il prend en charge la partie commerciale et administrative des éditions. Laurence... |