L'avis de RicochetShéhérazade n’a plus le droit de lire, sinon elle dort le jour à l’école. Mais la jeune fille en connaît assez pour inventer ses propres fictions.
L’histoire est racontée par un narrateur apparemment externe, en fait par Shéhérazade elle-même qui le fait user de discours indirect libre. A travers ses yeux, donc, le quotidien est complètement magnifié, transposé dans un monde de romans historiques et de contes des mille et une nuits (ce sont les images qui se chargent de rétablir la réalité) : « Dans l’écurie du château, Shéhérazade coiffe son heaume empanaché, enfourche son cheval et traverse la cité ventre à terre, saluant tous les passants, manants, épiciers, postiers… ». Shéhérazade a en fait compris le pouvoir des mots qui font s’évader et oublier les soucis. S’ils la soutiennent elle, ils peuvent aussi arrêter une bagarre au collège, réconcilier les voisins entre eux : bien utilisées, ses histoires créent du lien social et il y en a besoin dans cet univers urbain anonyme. Les illustrations foisonnantes témoignent de ce paysage de cité typé. Sur toute la page, elles jouent de profondeurs et de géométrie, usent d’effets d’impressions sur des couleurs franches (petits points, tâches aléatoires, plis froissés…), et offrent une ville certes hostile, sale, mais vivante et toujours en mouvement. Shéhérazade a bien compris le potentiel de son quartier, qu’elle décide de continuer à accompagner une fois adulte. Un bel album plein d’espoir sur la banlieue, servi par un auteur imaginatif et un illustrateur doué !
Sophie Pilaire Voir la chronique de Sophie Pilaire
L'éditeur : SarbacaneCréées en 2003 par Frédéric Lavabre et Emmanuelle Beulque, les éditions Sarbacane, éditeurs indépendants, offrent un large choix d'albums (plus de 60 titres ) pour tous les âges, des documentaires et récemment des romans.
Ouverture d’esprit, créativité et qualité, la rencontre entre texte et... |