L'avis de RicochetDepuis que la mère de Dennis est partie, la vie de ce dernier est bien triste. Son père, chauffeur routier, déprime, interdit à ses fils de penser à elle, de parler d’elle et a détruit toutes les photos où elle figure. Son frère aîné, John, ne supporte pas la tristesse de Dennis : « Arrête de pleurer. C’est bon pour les filles. » lui lance-t-il souvent en guise d’avertissement bourru. Dennis manque donc de câlins et se console en regardant des émissions destinées aux femmes à la télé, en lisant Vogue qu’il achète en cachette chez Raj, le marchand de journaux. Il adore admirer les vêtements des mannequins dans ce magazine chic, mais n’est-ce pas aussi pour retrouver une présence féminine qui lui manque cruellement ? On ne montre pas ses sentiments chez Dennis, ce ne serait pas viril, alors on parle de football. Dennis est un excellent footballeur, le meilleur sans doute de son collège et il ne rate pas un entraînement ou un match avec son copain Darvesh, le seul qui le comprenne et l’aime comme il est. Darvesh est Sikh et assume sa différence sans problème apparent.
Dennis fait alors la connaissance de Lisa, la plus belle fille du collège, et lui parle de son goût pour les magazines et les vêtements. Celle-ci l’invite chez elle pour qu’ils lisent ensemble leur cher Vogue et lui montre les robes qu’elle se fabrique. Dennis est émerveillé, il se sent à sa place dans cet univers scintillant et doux et, lorsque Lisa lui propose de mettre l’une de ses robes et d’aller vêtu en fille, maquillé et perché sur des talons, au collège, celui-ci accepte.
Cette première incursion dans le monde des filles l’entraîne dans une aventure insolite, et provoque une série de réactions en chaîne …
Le premier roman de David Walliams, acteur, humoriste et scénariste anglais très populaire au Royaume-Uni pour son show télévisé Little Britain, s’inscrit dans la grande tradition des romans anglais pour la jeunesse dont Roald Dahl est le fer de lance. Avec une légèreté de surface et un humour toujours bienvenu et fin, David Walliams met en scène un personnage particulièrement intéressant, mal dans sa peau et dans sa famille, en manque de tendresse et mal à l’aise avec son identité sexuelle. Il se sent différent des autres garçons et sa différence rend ses relations avec son père et son frère très douloureuses. L’auteur ne présente pas Dennis comme un homosexuel ou un transsexuel, il le dit attiré par les vêtements, par l’univers féminin où l’on peut, sans railleries, exprimer ouvertement ses sentiments, dire sa tristesse, son manque d’affection. Dennis n’est pas une caricature, il excelle aussi dans un domaine masculin, le football.
Tous les personnages secondaires sont consistants : le marchand de journaux, Raj, qui vendrait un réfrigérateur à un nomade saharien , Darvesh, le copain Sikh, bien dans sa peau et sa culture, qui contribue à l’épanouissement de Dennis, la mère de ce dernier, toujours enthousiaste, drôle, positive et envahissante, Lisa, l’amie de Dennis, avec laquelle il partage tant de choses, y compris les premiers émois amoureux, l’équipe de foot dont la réaction finale est enthousiasmante et intelligente …
Enfin, les adresses au lecteur, l’irruption de l’auteur dans le récit, pour préciser un détail ou amener une réflexion ou une question, lui donnent de l’authenticité et mettent Dennis et les personnages qui gravitent autour de lui en immédiate proximité avec le lecteur.
Un livre drôle, intelligent, sensible, qui invite à réfléchir, à sourire et à aimer.
Catherine Gentile Voir la chronique de Catherine Gentile
L'éditeur : Gallimard JeunesseC'est en 1972, que Pierre Marchand fonde le département Gallimard Jeunesse, avec Jean-Olivier Héron, tous deux fondateurs de la revue Voiles et Voiliers. Leur ambition est de placer la qualité artistique de leur production au niveau de la réputation littéraire de la prestigieuse maison. D'emblée, ils... |