L'avis de RicochetEn 1941, Pierre vit à Bruxelles avec ses parents. Envoyé par ses parents à la campagne, le jeune Juif a l’impression de vivre des vacances prolongées, entre sa chaleureuse famille d’accueil et son ami Jacques. Heureux au point de confier son secret à Jacques… Le jeune homme trahit alors Pierre, qui réussit in extremis à s’enfuir.
On a tant écrit sur la Seconde Guerre Mondiale qu’il n’est plus facile d’y apporter sa touche personnelle. Claude Raucy en convient d’ailleurs lui-même dans le récit : « Les frontières, les trains, les granges, le pain moisi, les noms qui changent, l’argent qui disparaît. Toujours la même histoire, avec quelques variantes pour que le lecteur ne s’ennuie pas. » (p. 64). Il a donc finement décidé d’insister non sur l’injustice et l’horreur du génocide juif dans sa globalité, mais sur la trahison à petite échelle, pernicieuse et tout aussi effrayante. Pourtant élevé correctement, dans le respect de l’autre, Jacques est subitement aveuglé par le pouvoir et la force, sans qu’il soit possible de comprendre le mécanisme psychologique qui sous-tend son geste (symbolisé donc par un doigt tendu vers la maison où habite le jeune Juif). L’auteur choisit abruptement d’abandonner là ce personnage et suit de préférence le narrateur Pierre. Heureusement et miraculeusement recueilli par François, un vieux violoniste pacifiste, le jeune héros va passer quelques années à Paris, enfermé dans une petite chambre : sa guerre n’est pas tant brutale que longue. Il a alors tout loisir de méditer des désirs de vengeance, encore augmentés par la mort de François d’une balle perdue et de sa petite amie dans les camps. Et pourtant, après la guerre, en face de Jacques, Pierre ne le dénoncera pas. Face à la bêtise dangereuse, il oppose le pardon : c’est presque trop moral pour être vrai… Cette histoire limpide dans un monde tourmenté est remarquablement bien écrite, sans jugement et avec simplicité. Une leçon de vie qui dépasse largement son cadre historique, et mérite une lecture attentive, volontiers scolaire. Sophie Pilaire Voir la chronique de Sophie Pilaire
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