L'avis de RicochetMartial vient du petit village de Mortagne, coupé en deux selon l’activité professionnelle : on travaille à la scierie ou dans les vignes. Pour échapper à ces querelles de clochers, il vit en pensionnat et étudie la mécanique. Mais il revient les week-ends. Son frère qui s’acharne violemment contre un simple d’esprit – pour se « défriser les nerfs sans prendre de risque » (p. 21) - le révolte. Au mariage de son frère, il « craque » et tue toute sa famille avant de se jeter par la fenêtre.
A la lecture de Je mourrai pas gibier, j’ai pensé au film Elephant de Gus Van Sant, comme transposé dans la France profonde. Un même sentiment paradoxal d’incrédulité mêlé à la frayeur du possible se dégage de ces deux œuvres-chocs, aussi fines et intelligentes l’une que l’autre. Guillaume Guéraud a construit le roman à la façon d’un très long retour en arrière : le temps du trajet en ambulance, le narrateur Martial se remémore les événements précédant son geste sans retour (qui vient donc juste de se passer…). Les phrases sont très courtes, les paragraphes ne dépassent pas six lignes. Il n’y a pas de place pour les digressions dans ce langage dur, débordant de rancœur accumulée (« Je me suis inscrit en mécanique au lycée Camus. Histoire de faire chier tout le monde sans faire dans la dentelle », p. 25). A l’instar d’Elephant, le contexte sociologique est évoqué imperceptiblement au fil du texte, à la façon de simples scènes d’exposition. Il éclaire aussi le comportement de Martial : Venu d’un monde en huis-clos, frustre et violent, et conscient de l’absence de perspectives, il a essayé de partir pour oublier Mortagne. Mais le poids de toute une éducation est trop fort. Incapable d’exprimer son mal-être par des paroles, Martial réagit lui aussi par l’agression, poussée à l’extrême car retenue trop longtemps. Qui a dit que la littérature jeunesse avait toujours des happy-ends ? Je mourrai pas gibier est roman pour adolescents dans le sens où le héros est un jeune qui cherche encore ses marques, et que son geste peut aussi être interprété comme un appel au secours à un moment-clé de l’existence. Mais c’est aussi l’expression d’un talentueux écrivain touche-à-tout qu’il serait injuste de cantonner à un seul public. Sophie Pilaire Voir la chronique de Sophie Pilaire
Brève présentation par l'éditeurJe mourrai pas gibier, de Guillaume Guéraud a été distingué dans la catégorie Romans adolescents du Prix Sorcières 2007L'éditeur : RouergueLe département jeunesse des éditions du Rouergue a été créé en 1994 par Olivier Douzou juste après la parution de son premier album, Jojo la Mache. Auparavant, Olivier Douzou, alors salarié d'une agence de graphisme parisienne, avait réalisé la mise en page de plusieurs ouvrages des éditions du... |
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