L'avis de RicochetIda Applewood, Ida B. pour distinguer de sa mère, âgée d’une dizaine d’années est une enfant unique insouciante à l’imagination fertile. Sa vie dans le verger la comble, entre ses parents, le chien Rufus et ses amis les pommiers qu’elle dote de parole. Elle ne va pas à l’école, sa mère lui donne des cours. Jusqu’au jour où celle-ci tombe malade. Une partie des terrains de la ferme est vendue, Ida doit retourner à l’école qu’elle honnit. La petite fille se renferme consciemment. Sa carapace la protège mais pas autant qu’elle pouvait le souhaiter : elle devient méchante et en souffre. Peu à peu, avec beaucoup de réticences, Ida fera marche arrière, s’excusera et acceptera la situation : « Pas de plans. Pas-de-plan-pour-éviter-douleur-et-humiliation. Passer à l’action simplement et sans détour » (p. 167).
La narratrice Ida a une vision enfantine de la vie et du monde qui l’entoure, ce qui n’empêche nullement une lucidité époustouflante. La petite fille sait parfaitement décrire les sentiments qui l’agitent, elle est même parfois philosophe (« Nous ne sommes que les gardiens de cette terre, Ida B. […] Je crois que la terre s’occupe de nous elle aussi. », pp. 31-32). Elle nous raconte ici un épisode de sa vie, de manière rétrospective : il s’agit de l’apprentissage de la vie en société, du partage et de l’humilité, grandes valeurs que cette enfant unique n’avait pas encore intégrées. Des petites choses sauvent Ida et l’aident à grandir : la lecture à haute voix à l’école, l’aide en mathématiques qu’elle apporte à un camarade, une autre camarade devenue sa voisine à la ferme. Derrière tous ces petits faits se cache l’institutrice, Mlle Washington, pleine de patience et de finesse. Elle attend Ida, comprenant le chemin que celle-ci a à effectuer. Les parents, de leur côté, sont un peu absents, préoccupés par la maladie de la mère.
Plein de poésie et de tendresse, cet ouvrage parle de nature, d’écologie. Rafraîchissant, il est aussi drôle : Ida a un langage bien à elle (il n’y a qu’à lire le titre, de son cru). Des images se développent sans cesse (voir la métaphore filée, trouvée par Ida, de son « cœur en pierre »). J’ai adoré cette belle histoire de très bonne qualité littéraire, saine et simple sans être mièvre. Je vous le conseille, il peut être lu dès 11-12 ans, et sans limite d’âge. Sophie Pilaire Voir la chronique de Sophie Pilaire
L'éditeur : Seuil JeunesseCréées en 1935 par le publicitaire Henri Sjöberg, les éditions du Seuil n'ont jusqu'en 1945 qu'une activité restreinte. Dès 1945, la parution du Journal d'un prêtre-ouvrier en Allemagne d'Henri Perrin marque la maison. Les éditions se spécialiseront dans les sciences humaines (revue Esprit... |
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