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Vamille: «Mon côté suisse me rend peut-être plus exotique!»

La Suisse et la littérature jeunesse 1

Emilija Cirjanic
19 février 2019

De son prénom (Camille) et de son nom de famille (Vallotton), elle a tiré un bien un joli mot-valise en guise de pseudonyme : Vamille. Jeune auteure et illustratrice de Suisse romande, révélée en 2016 par le Prix Rodolphe Töpffer de la jeune bande dessinée, Vamille a récemment publié deux titres jeunesse aux éditions La Joie de Lire. Rencontre.


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Emilija Cirjanic: Après avoir suivi des études à la HEAD de Genève, quels conseils donneriez-vous aux jeunes artistes suisses aspirant à devenir illustrateurs?
Vamille: Je n’ai pas encore beaucoup de recul ayant fini ma formation il y a seulement deux ans et demi. Mais je pense qu’il faut s’accrocher. Si on sent au plus profond de soi qu’on a envie de raconter des histoires, de faire des livres, d’apprendre constamment de nouvelles choses et surtout de ne jamais faire la même chose, et qu’on n’a pas peur de faire beaucoup de sacrifices (autopromotion, etc., ça ne paye qu’à long terme), il faut se lancer! Et surtout être conscient qu’on ne fait pas ça pour gagner de l’argent. Beaucoup de gens abandonnent pour cette raison, ce que je peux comprendre. Pour moi c’est un besoin, une passion. Je ne sais pas trop ce que je ferais d’autre à vrai dire!

Que représente pour vous votre statut d’auteure et illustratrice suisse? Est-ce que cela implique un défi supplémentaire lorsqu’il s’agit de s’imposer dans le milieu de la littérature francophone, qui reste majoritairement parisienne?
C’est difficile à dire. Je ne trouve pas que dans le milieu de la bande dessinée ou de l’illustration jeunesse il y ait de la concurrence qu’on soit de Paris ou de Fribourg. Il y a de la place pour toutes et tous car les éditeurs sont ouverts à des styles variés. Lors de mon stage chez Joost Swarte, il m’a dit un jour: «Le monde a besoin de jolis dessins». Donc, à partir de là, je ne crois pas que ce soit très différent.
L’avantage des grandes villes est peut-être de se faire plus facilement des contacts dans le milieu. Mais mon côté suisse me rend peut-être plus exotique!

Vous êtes par ailleurs impliquée dans plusieurs projets artistiques suisses, notamment Le Gaufrier et l’Atelier Loop. En quoi consiste votre engagement au sein de ces associations?
Le Gaufrier est un site Internet visant à promouvoir la nouvelle bande dessinée. Nous l’avons fondé avec Sébastien Maret et Vanessa Cojocaru. Pour l’instant, c’est Sébastien qui a créé tout le contenu. J’aimerais réussir à en faire plus mais je manque de temps.
Nous avons fondé l’Atelier LOOP à Fribourg en janvier 2018 avec Vanessa Cojocaru également. Il s’agit de notre espace de travail que nous partageons avec d’autres indépendants dans des domaines créatifs. Cela nous permet d’avoir un espace de travail hors de chez nous. C’est très motivant: cela permet de voir du monde, d’échanger sur nos projets respectifs et de mener des projets en commun.

Après vos études à Genève, vous avez effectué un stage aux Pays-Bas, auprès du célèbre bédéiste Joost Swarte. Quelles influences a pu avoir cette expérience professionnelle dans le développement de votre style?
Cela m’a permis de voir aussi l’envers du décor et les heures de travail qu’il a fallu investir pour avoir une carrière telle que la sienne. Lors de mon stage, j’ai trié et scanné environ 25 ans d’archives d’illustrations réalisées pour The New Yorker et qui sont maintenant dans son livre New York Book chez Dargaud. C’est juste le rêve d’avoir eu accès à ce genre de documents, entre les esquisses sur papier calque ou autres anciens fax et courriers avec les directeurs artistiques. On voit comment les illustrations se sont créées de bout en bout.
Je pense que l’influence qu’il a eue sur mon travail n’est pas forcément visible mais est plus conceptuelle. Les questions qu’il faut se poser en regardant son travail: qu’est-ce que l’image raconte et où j’aimerais en venir avec ça? Quels sont les points importants de ce texte qui vont pouvoir être mis en images? Qu’est-ce que je veux transmettre comme message et est-il clair et efficace? J’aime que mes images ne soient pas figées et qu’il y ait toujours la possibilité de se raconter une histoire, la vraie histoire ou une histoire alternative. C’est surtout ça que j’ai retenu de mon stage.

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Couverture de «Bonjour / Bonsoir», de Vamille (© La Joie de Lire)

En janvier dernier est paru Bonjour / Bonsoir aux éditions La Joie de Lire, un livre dont vous êtes à la fois l’auteure des images et du scénario. Pouvez-vous nous parler de ce projet?
En décembre 2016, j’ai remporté le Prix Rodolphe Töpffer de la jeune bande dessinée du canton de Genève. Cela m’a permis de ne pas trop penser à l’argent pendant un temps. J’étais encore aux Pays-Bas à ce moment-là, j’allais finir mon stage peu de temps après et je ne savais pas trop ce que j’allais faire ensuite. Je me baladais énormément dans la ville de Rotterdam à vélo, j’allais voir des expos et passais surtout beaucoup d’après-midi à ne pas faire grand-chose dans des cafés avec des amis. Je savais que j’avais envie de faire quelque chose sur Rotterdam, mais je ne savais pas trop comment. Et tout à coup, en écrivant «Bonjour» sur un bout de papier lorsque j’étais au téléphone, je me suis dit que j’aimais beaucoup ce mot et que ça pouvait être le début d’un projet. Et j’ai raconté mes déambulations dans cette ville à l’architecture folle en ponctuant les illustrations de «Bonjour». J’ai grandi à Yverdon-les-Bains et je me suis rappelée (et je suis sûrement la seule enfant que ça a marqué à ce moment-là) que le dimanche, nous faisions presque toujours la même balade en ville avec mes parents. Dans mes souvenirs, on se disait bonjour uniquement le dimanche quand la ville était presque vide avec les rares passants qu’on croisait. Ça m’a toujours paru bizarre et c’est ce que j’ai voulu transmettre dans ce livre. Et «Bonsoir» est vite apparu comme une évidence après avoir fini «Bonjour».
Je suis rentrée en Suisse début février 2017 et j’ai eu la chance d’être sélectionnée pour exposer dans une exposition satellite au Festival Fumetto de Lucerne, j’ai donc présenté les planches de Bonjour, pour la première fois, à ce moment-là.

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Images intérieures de «Bonjour / Bonsoir», de Vamille (© La Joie de Lire)

Vous avez également illustré un recueil de textes de S. Corinna Bille intitulé Maisons, villes et chemins récemment paru aux éditions La Joie de Lire. Comment est né ce  projet? Qu’est-ce qui vous a incité à choisir d’illustrer ces textes en particulier?
Je travaillais déjà sur Bonjour / Bonsoir avec La Joie de Lire, quand ils  m’ont contactée pour me proposer d’illustrer des textes de S. Corinna Bille. Je ne connaissais pas son œuvre et j’ai écrit à ma maman pour lui demander son avis; elle m’a dit que c’était une écrivaine très connue à son époque et que c’était sûrement très bien! La Joie de Lire avait déjà trié les textes par thème et m’avait attribué celui-là qui me convenait parfaitement. J’aime beaucoup illustrer des textes ou des articles. C’est un super exercice pour capter l’essentiel et le mettre en images. Les écrits de S. Corinna Bille m’ont également séduite, j’ai senti tellement de liberté que j’ai pu me libérer dans le dessin.

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Images tirées de «Maisons, villes et chemins», de S. Corinna Bille et Vamille (© La Joie de Lire)

À ce propos, quels sont les sujets qui vous inspirent? Quels thèmes aimez-vous aborder le plus aussi bien en tant qu’illustratrice qu’auteure?
C’est difficile à dire. Je ne me ferme aucune porte. Il y a bien sûr des choses que j’aime plus dessiner que d’autres comme des maisons, de la végétation ou des personnages. J’aime aborder toutes sortes de thèmes et les retranscrire en images de manière poétique, drôle ou loufoque.

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Image tirée de «Maisons, villes et chemins», de S. Corinna Bille et Vamille (© La Joie de Lire)

Avez-vous pu observer une différence dans votre manière d’appréhender un projet d’illustration de textes d’un autre écrivain par rapport aux histoires dont vous êtes l’unique auteure?
Dans mes projets personnels, j’essaie de laisser un maximum de place à l’image. Le texte viendra seulement comme dernier recours à la compréhension d’une image. J’avoue n’être pas trop à l’aise avec le texte. Généralement, quand je construis une histoire, le fil rouge se crée automatiquement dans ma tête sous forme d’images et je prends soin des transitions pour assurer la compréhension. Du coup, pour moi, quand j’ai le support d’un texte, je peux aller picorer dedans et retranscrire le tout en images tout en réfléchissant à ce que l’ensemble soit cohérent. Dans les deux cas, je veux que l’image soit claire et efficace. On le ressent tout de suite quand ce n’est pas exactement clair, et il faut chercher de nouvelles solutions.

Peut-on espérer qu’un nouveau projet signé de vos mains voit le jour prochainement?
Je travaille sur un nouveau projet personnel qui se passe dans l’Arctique mais rien de sûr pour le moment. À voir!

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