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Natali Fortier

7 septembre 2006

Peintre et illustratrice franco-canadienne, Natali Fortier aime illustrer, créer et surtout expérimenter. Née à Houston, elle a commencé ses études à l'Atelier Saint-Jacques à Québec, puis à l'Academy of Art de San Francisco et enfin à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris et vit aujourd'hui en France. Illustratrice de presse (Le Monde, Le Nouvel Observateur, Le Magazine Littéraire, Lire et La vie), elle a réalisé de nombreuses expositions en France et à l'étranger. En 1996, elle fait ses premiers pas en littérature de jeunesse avec « Jules », sur un texte de Malika Ferdjoukh et signe alors une vingtaine de titres comme illustratrice. Abordant plusieurs techniques, elle donne vie un petit monde imaginaire de charme, sur des images sensibles et poétiques. Avec « Lili Plume » en 2004, Natali Fortier nous a dévoilé son talent d'auteur. Et l'illustratrice poursuit avec son « Mathurin » (qui sortira chez Albin michel en octobre). Notons que son personnage de papier a même une vie en trois dimensions. Sans plus attendre, entrons dans l'univers de cette illustratrice bricoleuse aux projets multiples.


A quel "héros"/ personnage de fiction vous identifierez-vous volontiers ?
Le Petit Poucet.

Quelle utopie seriez-vous prête à défendre ?

Que la folie ne soit plus taboue.

A part être écrivain ou illustratrice, que rêveriez-vous d'être ?

Je voulais être comédienne, puis peintre et aventurière

Où écrivez-vous ? Quel est le lieu qui vous inspire le plus ?

Faire le tour de ma tête en marchant autour du lac.

Quel est le sentiment qui vous habite le plus souvent ?

La trouillamour

Quels genres de livres vous tombent des mains ?

Ils me tombent tous des mains, lorsque je glisse dans le sommeil. C’est un moment royal.

Que redoutiez-vous enfant ?

Grandir

Vous arrive-t-il de côtoyer des êtres imaginaires ?

Oui. Tout commence par les yeux. Après, c’est le personnage qui me regarde et raconte.

Que feriez-vous ou diriez-vous à un ogre s'il vous arrivait d'en croiser un ?

Qu’il ne bouge pas trop, qu’il garde la pose pour que je puisse le croquer à vif.

Qu'avez-vous conservé de l'enfance ?

Mon enfance n’est pas en conserve, elle est toute fraîche. Sincèrement, j’y retourne tous les jours. Cela a changé, mais je reconnais bien l’endroit

Quel qualificatif vous colle à la peau ?

Ça glisse, ça s’attache ou ça caresse ma peau. J’aime pas ce qui colle.




Quelle est la meilleure phrase qu'un enfant vous ait dite ?

Je pourrais faire une statue sur le plaisir qu’ils me font avec leurs mots, mais c’est comme s’il fallait que ça ne sorte que de leurs bouches.

Quelle est votre définition du bonheur ?

« Le chercher ». Je dirais aussi : « maintenant »

Si vous aviez la possibilité de recommencer, que changeriez-vous ?

Plein de choses, j’aimerais essayer plusieurs tentatives, raturer, effacer, transformer, revenir en arrière, sauter, bondir…

Je crois que je le fais tous les jours, en remplaçant une image par une autre.

Enfant, quel genre de lectrice étiez-vous ?

Avant de savoir lire, j’avais tant et tant habité l’image, absorbé les détails, vécu avec les personnages. Je me souviens encore de la colère et de la déception de mes premières lectures. J’avais traité ma grande sœur de menteuse. Lire toute seule n’avait plus rien à voir avec le bonheur de l’entendre me raconter toutes ces histoires, blottie dans la chaleur de ses bras. J’ai boudé les livres et c’est à l’adolescence que j’en ai retrouvé petit à petit et l’appétit jusqu'à les dévorer.

Vis-à-vis de quoi vous sentez-vous impuissante ?

Ben, j’aimerais bien me sentir puissante quelque part ! Voir l’effet que ça donne ! Je me sens naturellement impuissante devant le malheur. Les livres m’ont donné un bonus : La rencontre. Un enfant peut avoir connu plus de souffrance qu’un vieillard, mais personne n'échappe aux épreuves. Lors des animations, des salons, on me raconte des bouffées de vies. Je suis souvent admirative du courage des gens, leurs paroles me donnent l’envie au moins d’essayer de soulever ce qui est a ma portée.

Quel est l'animal auquel vous ressemblez le plus ? Pourquoi ?

J’ai une petite tête d’autruche mais si j’avais à choisir un animal, j’en prendrais un qui sait autant voler que nager et marcher : un genre de canard. Un oiseau migrateur. Un émigré.

Quel est le mot que vous préférez dans la langue française ?

Fantôme

Que souhaiteriez-vous que l'on retienne de vous ?

Retenez-moi. Je n’ai pas le goût de partir.


Vos livres
Quelle est votre dernière sortie pour la jeunesse ?

« J’aime l’été » de Minne chez Albin Michel. Je l’ai illustré en hiver. Grace aux souvenirs de Minne, mon atelier était plein de soleil.




Les livres dans votre production dont vous êtes particulièrement fière ou qui vous laissent un souvenir particulier

Tous ceux réalisés avec Olivier Douzou au Rouergue et à L'Ampoule

« Lili plume » aussi chez Albin Michel parce qu’enfin j’ai pris la parole.

Il y a aussi mon prochain livre « Mathurin ». Je l’ai dessiné, écrit, modelé. Aujourd’hui, je l’entends respirer. Lucette Savier chez Albin Michel et ma fille Laura m’ont beaucoup aidé sur ce projet. Maintenant, il faut que j’apprenne à ne pas vouloir en dire trop à la fois.




Quel est le thème que vous aimez davantage traiter ?

Ce sont les sentiments, toutes les émotions qui me captivent. Ce que j’aimerai par dessus tout,c’est faire rire... mais j’en suis loin.

D'où est né votre premier livre, votre première illustration ?

J’étais minuscule, mon père me gardait dans son laboratoire, il devait s’absenter. Il m’a posé devant son microscope en me demandant de dessiner les cellules. Il en avait besoin pour sa prochaine réunion. Je l’ai cru : ça bougeait tout le temps, c’était magnifique. Je ne sais pas si depuis je me suis autant appliquée.

Quel livre en littérature de jeunesse auriez-vous voulu écrire ou réaliser à la place d'un autre ?

Aucun. L’admiration me donne le désir, me pousse à réaliser les miens.

Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?

C’est le mois d’août, je viens de finir de dessiner le beaux texte « Entre deux rives Noel 42 » de Cécile Roumiguière. J’ai quelques jours d’espace vide, rarissime et enivrant où je fais des expériences. J’ai des envies d’ancre de Chine, de larguer les amarres.

Où et comment vous voyez-vous dans 10 ans ?

Je ne sais pas où mais j’aimerais réaliser des jeux, des peintures, des sculptures, des maisons hantées, des livres, des films...  Faire les choses sans penser au sens et qu’il se mette tout doucement en place. Si je peux continuer sur ce chemin dans dix ans, je serai déja très contente.







Références


Littérature de jeunesse

Un livre pour la jeunesse qui vous a marqué petite ?

Je n'ai pas de livre en tête mais une image : des traces de pas de loups dans la neige. 

Quels sont vos auteurs-illustrateurs de référence ou qui pour vous développez une approche intéressante ?
Saul Steinberg, Fred Philémon, Gabrielle VincentTomi Ungerer, Sempé, Olivier DouzouBeatrice Alemagna, Kitty CrowtherBenoît Jacques, Anne Herbauts, José ParrondoJanoschChen Jiang Hong...

Quels sont vos livres "coups de cœur", les "incontournables" en littérature de jeunesse ?

J’aime les contes classiques, « Le sapeur camember » de Christophe, « Gisèle de verre » de Beatrice Alemagna, « La visite de la petite mort » (Pastel) de Kitty Crowther, « Les naufragés du A » de Fred Philémon, « Le petit Nicolas » de Sempé et Goscinny... et beaucoup d’autres





Culture

Un film, une photo/illustration qui vous touche ?

« Freaks » de Tod Browning, « L’homme sans passé » par Aki Kaurismaki

Les photos de Diane Arbus

Un musicien
Gilles Vigneault

Un lieu où vous aimeriez vivre

J’habite Chalette-sur-Loing. Des fois, j’aimerais que ce soit Chalette-sur-mer ou Chalette-sous le soleil . J’aime bien Chalette de près.

Une phrase (une devise) qui vous guide

« Dans sa vie une fourmi si elle allait tout droit pourrait faire le tour du monde. Alors pas à pas, petit à petit, qui sait où tu vas ».




Actualité

Vos dernières (bonnes) lectures ?

« Les demeurés » de Jeanne Benameur

« Le si gentil monsieur Henri » de Clotilde Bernos

« Le dernier géant » de François Place

« Un lion à Paris » de Beatrice Alemagna

Et « Saga » de Tonino Benacquista et « Tendre jeudi » de Jonh Steinbeck

Un site (sur les techniques graphiques, un auteur-illustrateur, une approche particulière du texte, de la littérature...) que vous souhaitez recommander ?
http://www.benoitjacques.com
http://www.autoportrait.com
http://www.ldj.tm.fr/erlbruch/atelier.htm


http://natalifortier.autoportrait.com/

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française,
canadienne