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Les deux petits princes

ou comment le livre a ete dessiné par deux artistes

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Etienne Delessert
13 novembre 2008


Antoine de Saint-Exupéry écrivit et dessina le Petit Prince à Long Island, près de New York.

Et la première édition fut publiée par un petit éditeur de ses amis, Reynal & Hitchcock en 1943.

Or Saint-Ex était lié par une clause de ses contrats aux Editions Gallimard, qui
avaient déjà publié quatre de ses romans: il n’en a pas tenu compte.

Peu après, les droits du Petit Prince furent cédés à Harcourt, Brace & World, à
New York.

Cela ne faisait pas l'affaire de Gaston Gallimard, qui se vit obligé de négocier une version française avec l'éditeur américain.

Le livre allait devoir être réédité rapidement, et la decision fut prise à Paris de ne plus avoir à négocier les droits à chaque édition: on fit simplement refaire des originaux en France, assez finement copiés pour que personne ne s'en aperçoive.

Le secret fut bien gardé, et des générations de lecteurs français ont donc été émus par la ligne tremblottante et l'aquarelle d'un faussaire !... Je m'en suis aperçu en 1983, je crois, alors que Rita Marshall travaillait à la mise en page d'une édition de luxe, commandée par Pierre Marchand. Elle avait apporté avec elle un livre des Etats-Unis, j'avais l'édition française, et j'ai simplement voulu comparer l'impression des deux volumes. C'est ainsi que nous avons découvert la fraude.

Rassurez-vous : il y a une douzaine d'années, les Editions Gallimard et Harcourt décidèrent de publier une édition nouvelle commune, en repartant des originaux. L'ordre est donc rétabli.
J'ai pensé qu'il serait amusant de comparer quelques images. Les différences sont minimes, mais bien réelles.







La manière de traiter les oiseaux est différente, en particulier le détail de
certaines ailes. Les cheveux du Petit Prince sont bouffants, et la ligne qui
définit son corps est empâtée.










A gauche le mur se termine en longue bavure, les roses ont changé de couleur, le visage du Petit Prince est plus allongé, la ceinture n'est pas la même, et, sur la droite les espaces blancs qui entourent les fleurs sont différents eux aussi.

Au bas du buisson, sur la gauche, l'original montre l'esquisse de deux roses.









Le faussaire n'a pas bien suivi la ligne de frondaison, et a marqué le detail de
l'écorce d'un trait beaucoup plus régulier et appuyé.



voilà comment on peut découvrir une arnaque délicieuse, sur un écran, ô miracle
de l'Internet.

Gisèle de verre, Beatrice Alemagna