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Ian De Haes, de la librairie à l’illustration jeunesse

Isabelle Decuyper
15 janvier 2019

Graphiste de formation, Ian De Haes dessine depuis son enfance; la peinture, puis l’illustration. Depuis quelques années, il crée des albums pour enfants. Ancien libraire jeunesse, il utilise ses connaissances dans le domaine afin de proposer des illustrations et des histoires tantôt drôles, tantôt poétiques. Lauréat d’une bourse d’aide au projet de la Fédération Wallonie-Bruxelles, son dernier album Superlumineuse vient de paraître chez Alice Jeunesse.


Cet article a initialement été publié dans la revue belge Lectures.Cultures (n°10, novembre-décembre 2018). Nous reproduisons ici le texte de l'article avec l'aimable autorisation de son auteure, Isabelle Decuyper, et de Lectures.Cultures. Les images proviennent des éditions Alice Jeunesse.


Qui êtes-vous?
Je suis illustrateur. J’ai longtemps hésité à me définir de cette manière, mais vu le temps que je passe maintenant sur les livres jeunesse, je pense qu’il est temps d’assumer. Je fais aussi du graphisme, mais de moins en moins. Mon intérêt pour le dessin remonte à mon enfance, quand mes parents m’ont inscrit à un cours de peinture à Belvaux, un village près de Han-sur-Lesse où notre famille a vécu. Après des études d’infographie à Namur en option 3D, j’avais été très frustré des cours de dessin, où je n’avais rien appris. C’est pourquoi j’ai commencé des cours d’illustration à Saint-Luc à Bruxelles où j’ai découvert les différentes techniques de peinture et la richesse des livres pour enfants. Après un an, j’avais envie de me consacrer au dessin et à l’illustration plutôt que de continuer dans les images de synthèse.

Comment êtes-vous venu à la littérature de jeunesse?
Je suis devenu libraire jeunesse à la Fnac, tout en refusant un temps plein, car je voulais garder du temps pour développer mon travail artistique. Cet emploi m’a permis de découvrir toute la richesse de la littérature de jeunesse. Je l’ai néanmoins arrêté il y a deux ans pour me consacrer entièrement à l’illustration.
J’ai essayé de créer un livre seul, mais je n’avais pas de vrai scénario. J’ai rencontré Charlotte Bellière qui est devenue ma compagne. Elle est prof de français à Molenbeek et a toujours aimé écrire. J’ai perdu ma pantoufle a donc été notre premier album en duo, publié en 2011 par Alice Jeunesse qui avait répondu en premier à notre envoi vers divers éditeurs. C’était l’époque de La grande fabrique de mots, qui a connu un succès fou et a été traduit dans de nombreuses langues. Nous étions donc ravis d’avoir été repérés par cet éditeur et d’y être toujours publiés aujourd’hui.

Comment s’organise le travail en duo?
Charlotte écrit et je réalise les illustrations. Nos créations sont nourries par le quotidien, en famille. C’est une chance de travailler ensemble. Nous connaissons les forces de l’autre. Imagine[1] était d’abord une histoire écrite par Charlotte, qui avait été refusée par l’éditeur. Mais je voyais cette petite fille toute triste avec son doudou qui ne marchait plus et, en en parlant avec Charlotte, elle est arrivée à mettre des mots sur ces images. Et cela a donné l’album qui est paru et a connu un beau succès. Il y a beaucoup d’allers-retours entre nous avant que naisse l’album. On discute du texte, des illustrations. On n’hésite pas à dire ce qu’on pense, même si parfois ce n’est pas très agréable à entendre.

Imagine, Ian de Haes
Imagine, Ian de Haes
«Imagine», de Charlotte Bellière et Ian De Haes (©Alice Jeunesse)

Les colères de Simon[2], un album en solo, est né durant un congé parental de quatre mois durant lequel ma grande fille m’a inspiré cette histoire. Charlotte n’avait pas le temps d’écrire, et moi j’en avais, un peu. Entre les couches et les biberons, j’ai trouvé le temps et l’inspiration d’écrire moi-même cette histoire, et de l’illustrer.

Les colères de Simon, Ian de Haes
Les colères de Simon, Ian de Haes
«Les colères de Simon», de Ian De Haes (©Alice Jeunesse)

Déjà huit albums édités chez Alice Jeunesse, dont le dernier en date: Superlumineuse. C’est le deuxième album écrit entièrement par moi-même. Sorti en octobre 2018, il est né d’une vision, d’images d’une petite fille lumineuse qui me venaient en tête. Après avoir écrit une dizaine de versions différentes, Charlotte m’a aidé à structurer mes idées. Cet album aborde le fait que les enfants, au contact des autres, vont avoir tendance à vouloir cacher leurs différences. C’est l’histoire de Nour, qui naît avec une particularité; elle est lumineuse. Au départ, elle est ravie. Mais lorsqu’elle doit aller à l’école, elle est l’objet de réflexions sur sa bizarrerie. Elle va donc préférer se faire oublier, devenir comme tout le monde, se fondre dans la masse. Heureusement, elle va trouver un moyen de retrouver le plaisir d’être elle-même, avec sa différence. J’ai pensé à ma fille de six ans qui va entrer en primaire et subir le regard des autres. Elle va vouloir se conformer à une certaine norme, et j’ai envie de lui dire de rester elle-même, de rester lumineuse.

Quelles techniques utilisez-vous?
Pour Superlumineuse, l’aquarelle et les crayons de couleur. Puis j’ai scanné le tout et ajouté des éléments à l’ordinateur. Comme la petite fille est lumineuse, il n’était pas facile de mettre lumières et ombres au bon endroit. Ce projet me tient vraiment à cœur. J’ai plus d’attente qu’autrefois. Peut-être aussi parce que je reconnais ma grande fille dans ce livre.

Superlumineuse
Superlumineuse
«Superlumineuse», de Ian De Haes (©Alice Jeunesse)

Les crayonnés de Saint Nicolas, c’est qui celui-là? ont été réalisés au fusain puis scannés et coloriés à l’ordinateur. Cet album a rencontré un énorme succès et est rapidement tombé en rupture de stock. Mais il va être réimprimé pour les fêtes. Pourtant, l’éditeur était un peu frileux, car Saint-Nicolas n’est pas vraiment exportable à l’étranger, donc le marché est plus petit. Nous avions envie que le livre puisse être traduit en Flandre, mais comme les traditions liées à la Saint-Nicolas ne sont pas les mêmes en Flandre qu’en Wallonie, ce n’était pas évident. Charlotte y est magnifiquement arrivée en mettant en scène un petit garçon qui pensait ne pas être assez sage pour recevoir un cadeau. Mais saint Nicolas lui rappelle qu’il a fait plein de bonnes actions aussi, et qu’il a donc droit à son cadeau également.
Papillon de jour[3] a été entièrement réalisé à l’aquarelle. C’est le fruit d’une formidable collaboration avec Christian Merveille, rencontré lors d’une animation dans une école. Il souhaitait créer un livre sur le temps, et moi aussi.

Papillon de jour
Papillon de jour
«Papillon de jour», de Christian Merveille et Ian De Haes (©Alice Jeunesse)

Pour moi, les images précèdent toujours le texte. Quand on m’envoie une histoire, des images naissent dans ma tête. Ce ne sont pas des images définitives, mais plutôt des ambiances, des couleurs… Si rien ne vient pendant la lecture d’un texte, il y a de grandes chances que je ne sache pas l’illustrer. Ma vie se structure à présent autour de mon métier d’illustrateur et je reçois de plus en plus des propositions d’autres auteurs.
Ce qui est chouette dans le livre pour enfants, c’est la grande variété, la liberté des techniques, que l’on commence à trouver dans la BD qui connaît une diversité de plus en plus grande.
Une BD un jour, pourquoi pas? J’ai bien envie de faire une BD pour les enfants, sans texte. On a pas mal d’idées, que ce soit pour des albums ou pour des BD. Nos enfants nous inspirent beaucoup. J’essaie d’adapter ma technique à chaque histoire, et j’essaie de trouver un style plus fluide, plus spontané, qui fasse passer plus d’émotions. Se libérer du dessin classique pour s’exprimer autrement.

Quid des rencontres et animations?
Les enfants sont toujours très contents. Je vais de temps en temps dans des écoles et j’adore les questions des enfants, et les rencontres avec les instits et les bibliothécaires. Une petite école a travaillé toute une année autour de Les colères de Simon et a créé de grands panneaux avec les colères et une petite pièce de théâtre.

Taipei 2018, une sacrée expérience?
Je n’ai jamais pensé que mon travail d’illustration allait m’amener si loin. C’était vraiment inattendu. Qui va s’intéresser à un petit Belge, me suis-je dit? Eh bien, je me trompais. L’heure de dédicace prévue a été étendue à deux puis trois heures, car la demande était forte. Et chaque personne, enfant ou adulte, souhaitait être photographiée avec moi. J’ai deux livres traduits en chinois: Imagine et La petite vieille du rez-de-chaussée, qui a gagné trois prix à Taïwan. C’est aussi grâce à cela que j’ai vécu cette formidable aventure. Au salon, il y a avait aussi une librairie francophone de Taïwan qui avait commandé tous mes livres. Et même le Saint Nicolas a été dédicacé. Tous étaient très enthousiastes. Ce furent quatre jours intenses. Depuis cette chouette expérience, un éditeur taïwanais m’a contacté pour illustrer un texte. C’est génial de savoir que nos livres sont traduits et lus dans plein de pays à travers le monde.

Saint Nicolas
Saint Nicolas
«Saint Nicolas, c’est qui celui-là ?», de Charlotte Bellière et Ian De Haes (©Alice Jeunesse)

Des projets?
Oui, celui que je viens d’évoquer, qui devrait voir le jour début 2019 si tout va bien. À Taïwan en tout cas. Un projet sur la nuit avec Maylis Daufresne, une auteure bruxelloise et plusieurs projets avec Charlotte Bellière chez Alice Jeunesse, validés par l’éditrice, mais en attente d’illustrations...


Infos : 
www.iandehaes.com


[1] Alice Jeunesse, 2014
[2] Alice Jeunesse, 2016
[3] Alice Jeunesse, 2018.

Auteurs et illustrateurs en lien avec l'interview

Ian De Haes

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