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15 suggestions d'ouvrages qui revisitent les contes classiques

Adaptations, réécritures, réinterprétations 2

Raiponce
Ricochet
6 novembre 2018

Pour ce deuxième numéro de notre dossier, nous vous proposons de redécouvrir les contes traditionnels de notre enfance grâce à une sélection de livres qui se les réapproprient de façon ludique, poétique ou décalée, tant dans la forme que dans le fond.


1. Boucle d’or et les trois ours, d’Olivier Douzou, Rouergue, 2011

Album, dès 3 ans

Même si vous connaissez déjà l’histoire de Boucle d’or, cette version d’Olivier Douzou risque fort de vous étonner par son originalité graphique! Le livre est entièrement composé de trois couleurs: rouge, noir et orange. Les décors extérieurs (arbres, oiseaux, façade de la maison) sont constitués de formes géométriques simplissimes (rectangles, cercles, triangles), tandis que les personnages et les éléments principaux de l’histoire sont représentés par des chiffres. Ainsi, le «0» symbolise Boucle d’or; le «1» est utilisé pour les marches de l’escalier que Boucle d’or gravit justement une à une; le «3» sert d’oreilles aux ours; le «4», quand il est à l’endroit, figure une chaise renversée et, quand il est renversé, une chaise à l’endroit, etc. Les chiffres prennent tant d’importance dans ce conte revisité qu’ils finissent même par investir le texte qui accompagne les illustrations. Par exemple, lorsqu’il découvre sa chaise en morceaux, le petit ours qui zozote dit: «Quelqu’un 7 à 6 sur ma 16 et l’a toute cazée».

Quel livre amusant et drôlement bien construit! (DT)

Boucle d'or et les trois ours

2. La princesse au si petit pois de Martine Camillieri, Seuil Jeunesse, 2016

Album, dès 3 ans

C’est une version très personnelle de la princesse au petit pois – conte archi-connu d’Andersen – que nous propose Martine Camillieri, plasticienne et auteure originale, habilement décalée.

L’univers visuel sweet, pop et kitsch, tout comme la plume sympathique de Martine Camillieri, offrent un nouveau souffle à ce conte classique. Dans des mises en scène acidulées, sucrées et imaginatives, on suit avec délice les péripéties du prince de Macaron au royaume de Berlingot. Celui-là, un peu désespéré de ne pas trouver de princesse à marier, entraîne ses fidèles sujets dans une aventure romantique et insolite. Ensemble, ils s’élèvent jusqu’au monde des fleurs à la rencontre de Galette, la si jolie et délicate princesse, qui musique dans un cerisier... Dans des installations de bric et de broc mêlant jouets, mignardises et objets de récupération (finement détournés), l’auteure s’amuse et nous invite dans son esthétique et ses couleurs gourmandes. Elle fait évoluer ses personnages dans la nature ou sur fond blanc et ces alternances de vert et de clarté donnent une dynamique intéressante à l’ouvrage. Le tout est festif, léger, et l’enfant sera charmé en découvrant les nombreux artifices de l’illustration. Cet album permet une expérience de lecture vraiment rafraîchissante. (DB)

La princesse au si petit pois

3. Raiponce, de Bethan Woollvin, Albin Michel jeunesse, 2018

Album, dès 4 ans

Une sorcière enferme une jeune fille, Raiponce, au sommet d’une haute tour. Le seul moyen d’y accéder est de grimper en s’aidant des longs cheveux d’or de l’héroïne. Vous pensez connaître cette histoire par cœur, mais la réécriture proposée par l’auteure et illustratrice Bethan Woollvin risque de vous surprendre!

Cette réécriture de l’histoire des frères Grimm prend un ton plus féministe sous la plume de l’artiste britannique. L’héroïne n’est pas passive, elle est aventurière et cherche un moyen de se sortir de sa situation peu enviable. Ici, pas de présence d’un prince charmant sauveur, la jeune fille n’en a aucunement besoin. Elle est débrouillarde, proche de la nature et cultivée. Les menaces de la sorcière ne l’effraient pas car elle sait qu’elle a les compétences pour combattre. C’est elle la cavalière sur son destrier blanc, comme en témoigne la dernière double page!

Le rapport de Raiponce à sa chevelure caractéristique est modifié: dans le texte allemand, ses cheveux sont synonymes d’oppression, car ils sont ce qui permet à la sorcière d’atteindre la jeune fille. Dans cet album, ils deviennent également un moyen de libération, car Raiponce s’en sert pour descendre de la tour et explorer le monde extérieur. Le fait de couper ses cheveux n’est pas non plus une punition imposée par la sorcière comme dans le conte des Grimm, mais une initiative salvatrice prise par la jeune fille elle-même.

Cette Raiponce de Bethan Woollvin est ainsi un bon exemple pour les petites lectrices. On ne leur présente pas une héroïne dont la seule qualité est d’avoir une belle chevelure, mais une jeune protagoniste courageuse qui prend sa vie en mains et se bat seule contre les méchants. L’auteure-illustratrice démontre ainsi que le schéma actantiel proposé dans les contes n’est pas une fatalité, on peut s’en défaire pour refléter davantage les dynamiques de son époque. (AG)

4. La fourmi et le loup, de Jeanne Ashbé, L’École des loisirs, 2016

Album, dès 4 ans

Vous pensiez connaître l’histoire du Petit Chaperon rouge sur le bout des doigts? Mais saviez-vous qu’une fourmi participait également à l’aventure? C’est en partant de ce postulat inédit que Jeanne Ashbé a construit son album La fourmi et le loup, qui réécrit le conte classique du point de vue de l’insecte.

Alors qu’elle se délecte de beurre, gourmandise bien méritée après l’ascension d’un «grand grand grand petit pot…», notre héroïne à six pattes se retrouve emportée bien malgré elle pour vivre une drôle d’aventure dont le décor ne semblera pas inconnu au jeune lecteur. Jeanne Ashbé fait ainsi appel aux connaissances de ce dernier pour reconstituer l’histoire, en disséminant tout au long de l’album des éléments tirés du conte traditionnel (panier, cape rouge, loup aux dents pointues à souhait, etc.). Les illustrations pleine page et les cadrages serrés sur un détail des vêtements ou des objets renforcent le contraste entre le minuscule insecte et le vaste monde qui l’entoure et donnent réellement l’impression au lecteur de voir à travers les yeux de la fourmi. Le texte, poétique et non dénué d’humour, intègre quant à lui des phrases bien connues du conte traditionnel que la petite aventurière entend sans toutefois bien en saisir le sens et la portée, contrairement au lecteur perspicace.

Qu’adviendra-t-il de notre héroïne ainsi ballotée à travers la forêt? La réponse se trouve dans cet album drôle et ludique. (CF)

5. Barbe Blue: le maudit Québécois, de Camille De Cussac, Marcel & Joachim, 2017

Album, dès 4 ans

Dans un conte traditionnel, il est rare que l’époque et le lieu du récit soient clairement définis. Il en va tout autrement pour le très drôle Barbe Blue de Camille De Cussac. L’auteure-illustratrice situe le célèbre conte du terrible Barbe Bleue dans la ville de Montréal et l’histoire se déroule de nos jours. Le livre est, dès lors, parsemé de références propres au Québec. Il évoque notamment la Ronde (un célèbre parc d’attractions de Montréal), Lynda Lemay ou encore Terre-Neuve. Le texte est entièrement écrit en français du Québec et fera découvrir au jeune lecteur tout un tas d’expressions et de tournures de phrase (un lexique en fin d’ouvrage explique celles qui sont le moins transparentes)! Parmi les plus croustillantes: voir quelqu’un dans sa soupe (=être très amoureux), être belette (=être curieux), dehors les meubles! (=sortez!).

Pour apprécier pleinement cet album, nous vous recommandons d’écouter l’histoire racontée par Carmen Ferlan (comédienne et chanteuse au bel accent québécois). Le CD est fourni avec l’album.

Dans la même veine et par la même auteure, nous signalons également Le Petit Chaperon belge. (DT)

6. Kongjwi, l’autre Cendrillon, de Lim Yeong-hee et Marie Caillou, Père Castor Flammarion, 2013

Album, dès 4 ans

Kongjwi, magnifique jeune fille, est l’objet de jalousie de sa marâtre et de la fille de cette dernière, Patjwi. Elles la chargent de toutes les corvées. Kongjwi ne connaît que la fatigue et la faim. Un jour de fête au village, Patjwi et sa mère abandonnent Kongjwi à ses tâches ménagères, lorsqu’un crapaud, une nuée de moineaux et une fée prêtent main forte à la jeune fille qui, sur le chemin de la fête, attire l’attention du gouverneur de la province…

Lim Yeong-hee propose avec Kongjwi un mélange entre la Cendrillon de Perrault et l’Aschenputtel des Grimm tout en y incorporant des éléments asiatiques, l’histoire se déroulant en Corée. Le prince n’en est ainsi pas un, mais un gouverneur, et l’élément caractéristique permettant de reconnaître la jeune fille n’est pas une chaussure en verre mais un hanbok, une chaussure en soie brodée. Si l’histoire ne diffère pas énormément de ses modèles européens, son nouveau contexte asiatique lui confère une originalité et un certain exotisme. Il donne également envie de se plonger dans la culture asiatique afin de découvrir ses propres contes et légendes, très riches.

L’album est intéressant d’un point de vue matériel et pictural: d’un grand format, ses illustrations composées de couleurs fluorescentes où dominent le rose, le bleu, le jaune, le vert, le rouge ou encore le noir, apportent une dimension acidulée, pop et moderne à cette réécriture de texte ancien. Les dessins de Marie Caillou rappellent un peu certaines estampes japonaises, ce qui développe l’univers asiatique de l’album. En faisant voyager Cendrillon de la France à la Corée, l’auteure et l’illustratrice offrent également un voyage au lecteur. (AG)

Kongjwi

7. Réclamez des contes!, de Delphine Jacquot, Les fourmis rouges, 2016

Album, dès 5 ans

«Vous êtes sur la paille et vous avez fait feu de tout bois? La seule solution: les constructions EMILE LARDON, entreprise familiale de porc en fils.»

Le même schéma se répète tout au long de cet album grand format. Page de gauche: un slogan publicitaire à l’ancienne (graphisme rétro, phrases à rallonge et jeux de mots) qui fait référence à un conte classique et vante les mérites d’un produit imaginaire censé venir en aide aux personnages. Page de droite: une illustration pleine page qui met malicieusement en image la réclame. Ainsi, avec une bonne dose de fantaisie, Delphine Jacquot crée, entre autres: une huile pour colorer en rose la barbe de Barbe Bleue et le rendre moins laid et terrifiant; les pense-bêtes PETIT MEMO à coller partout qui aideront à coup sûr le Petit Poucet à retrouver le chemin de la maison; le bandeau à hélices LAMARE qui séchera les larmes d’Alice en moins de deux. Une manière ingénieuse de réinventer les contes et de laisser entrevoir une fin différente!

En plus d’être original et de belle facture, cet album se révèle être un outil fabuleux pour les enseignants, bibliothécaires et autres médiateurs du livre jeunesse. Il peut en effet servir de support pour parler des contes, mais également de la typographie ou de la publicité et de son évolution au fil du temps. En outre, les enfants – avec l’imagination débordante qu’on leur connaît – auront sans aucun doute plaisir à inventer leur propre produit miracle et la réclame pour le vendre! (DT)

Réclamez des contes

8. Le grand loup et la fée rouge, de Véronique Cauchy et Rebecca Galera, Editions Cépages, 2017

Album, dès 6 ans

Un loup grand et fort, mais un peu lent mentalement, doit apporter un pot de miel et une peau de mouton à son grand-père souffrant. Sur le chemin, il rencontre une petite fille au manteau rouge, qu’il prend pour une fée. Celle-ci semble désorientée, car des chenapans lui ont subtilisé sa canne. Une amitié va se former entre le grand loup et la fée rouge.

Les rapports entre humain et animal sont ici inversés: c’est le loup qui tient le rôle habituellement réservé au Petit Chaperon rouge et l’humain, celui du dangereux prédateur dont il ne faut pas s’approcher, illustrant un nouvel adage qui serait «L’Homme est un loup pour le loup». Mais contrairement au conte de Perrault, les deux personnages présentent un handicap, qu’il soit mental ou physique: le loup est retardé et le Petit Chaperon rouge, aveugle. Cela va toutefois leur permettre de dépasser la peur que l’un et l’autre devraient mutuellement s’inspirer: le loup prend la petite fille pour une fée, ce qui la prive de son statut de méchante humaine, et la cécité du Chaperon l’empêche de voir les «grandes dents [du loup] qui ornaient ses grandes mâchoires». L’album nous invite donc à dépasser les apparences et les préjugés.

Ce qui lie les deux personnages, c’est aussi le rejet qu’ils subissent à cause de leur différence. Le graphisme de l’album est très épuré, avec beaucoup de vide dans les illustrations de Rebecca Galera, ce qui image la solitude ressentie par l’animal et l’enfant. Le loup et le Chaperon ne parviennent – ni ne cherchent – à changer les mentalités des autres mais trouvent du réconfort dans une amitié où ils ne sont pas jugés, ce qui représente déjà beaucoup. L’album nous invite ainsi également à accepter les autres pour ce qu’ils sont. Le conte de Perrault est réécrit pour aborder la question de la différence et du handicap à travers des personnages connus présentés autrement: le loup peut être gentil et les humains cruels. Une prise de conscience que notre vision manichéenne des choses doit parfois elle aussi être adaptée. (AG)

9. Journal secret du Petit Poucet, de Philippe Lechermeier et Rébecca Dautremer, Gautier-Langereau, 2009

Album, dès 6 ans

Un petit Poucet à la fois rêveur et aventurier est mis en scène dans l’album plein de fantaisie écrit par Philippe Lechermeier et illustré par Rébecca Dautremer. En réponse au petit héros qui «ne disoit mot» de Perrault naît un protagoniste qui n’est pas avare de palabres. Jour après jour, dans son Journal secret, il raconte sa vie de famille, l’école, les copains, ses «joies remarquables» et ses «peines détestables».

Alliant ambiance médiévale, burlesque et parfois dramatique, texte et image nous projettent dans un monde un peu farfelu, où la «Grande Privation» sévit dans tout le royaume: tandis que «le peuple» a encore et toujours le ventre vide, quelques privilégiés gardent jalousement leurs denrées. Narrés avec poésie et humour: la mise en œuvre d’un plan astucieux pour se débarrasser d’une belle-mère «moche comme tout»; la survie dans les bois d’enfants abandonnés; la rencontre avec l’ogre féroce et sa femme, affamés de petites cuisses dodues et d’amour aussi.

Les vers libres qui composent l’œuvre, entraînant le lecteur par leur rythme et leurs rimes, nourrissent un dialogue parfois surprenant avec les images... libres également. Elles n’illustrent pas le texte au sens strict du verbe, de même que celui-ci ne les explicite pas vraiment. Lechermeier et Dautremer, dont la collaboration est étroite pour cet album, jouent de cet échange surprenant, qui rendra une lecture «à quatre yeux» encore plus fascinante. Les confidences de Poucet séduiront les lecteurs et lectrices de 7 à 77 ans, en format album ou en roman illustré (Journal secret du Petit Poucet, de Philippe Lechermeier et Rébecca Dautremer, Gautier-Languereau, 2014). (CS)

Journal secret du Petit Poucet

10. Loup lis-tu?: Pourquoi les enfants ont raison d’apprendre à lire (et d’aller à la bibliothèque) de Thierry Lenain, Isabelle Wlodarczyk et Thanh Portal, Oskar jeunesse, 2016

Roman, dès 6 ans

Déguisé en mouton inoffensif, le grand méchant loup suit une petite fille dans la rue, qu’il compte bien dévorer toute crue. Au moment où il s’apprête à lui parler, elle entre dans une bibliothèque. En l’observant à travers la vitre, il constate ainsi avec curiosité que la fillette est très absorbée par le livre conseillé par la bibliothécaire. Lorsqu’elle ressort enfin, le loup se précipite vers elle, bien décidé à mettre son plan à exécution. Mais lorsqu’il prend la place de la mamie dans son lit, attendant avidement sa proie, les choses ne se déroulent pas tout à fait comme prévu. Comment le piège du loup se retournera-t-il contre lui dans cette version détournée du Petit Chaperon rouge?

Dans cette adaptation moderne du célèbre conte de Perrault, certaines références ne manqueront pas de nous surprendre et nous faire sourire, à commencer par le loup qui se sert des technologies modernes pour tenter de piéger la grand-mère. Mais ce qui confère plus encore à ce conte sa dimension originale est la mise en abîme de la lecture à l’intérieur du conte, et l’image positive qui est donnée des bibliothèques et des livres. Finalement, bien que le titre semble révélateur, la chute n’en reste pas moins surprenante et bien pensée. Cette fois-ci, la fillette a priori naïve et sans défense utilisera une arme redoutable pour piéger le méchant loup et lui donner une bonne leçon. Un livre à glisser entre les mains des moins bons lecteurs, aussi bien que des lecteurs aguerris! (LDN)

11. Boucle d’or au musée et Cendrillon au musée, d'Amel Khaldi-Bonnaud, Actes Sud junior, 2016 et 2017

Albums, dès 6 ans

Boucle d’or qui prend les traits fins et délicats de la Vénus de Botticelli, les trois ours qui se régalent des Campbell’s Soup de Warhol ou encore la belle robe de Cendrillon lacérée comme une toile de Lucio Fontana: c’est ce que vous découvrirez dans ces deux albums qui revisitent habilement deux contes classiques en faisant dialoguer de façon innovante texte et image.

Le concept est simple: sur la page de gauche, le texte, une réécriture du conte classique; sur celle de droite, l’image. Toutefois, de nouvelles représentations ont remplacé les illustrations habituelles ou les célèbres gravures de Gustave Doré. En effet, Amel Khaldi-Bonnaud a soigneusement choisi différentes œuvres d’art allant du XVe au XXe siècle afin de dépoussiérer ces contes bien connus. S’il s’agit majoritairement de peintures, il y a toutefois des surprises, comme une sculpture de Messerschmidt illustrant à merveille le goût trop salé de la soupe, ou encore l’assemblage intitulé Le déjeuner en fourrure de Meret Oppenheim en guise de clin d’œil humoristique. L’auteure a sélectionné aussi bien des œuvres célèbres que d’autres moins connues; toutes sont d'ailleurs reproduites en couleur à la fin du livre, ce qui permet aux lecteurs de faire quelques belles découvertes. Parfois, c’est la toile entière qui est représentée, d’autres fois juste un détail de cette dernière, mais qui dialogue toujours judicieusement avec le passage qui lui fait face. Le lecteur prendra plaisir à chercher les correspondances entre texte et image, parfois évidentes et parfois plus incongrues, suscitant des questionnements et des émotions nouvelles. Nul doute que petits et grands apprécieront ces relectures ludiques et décalées de ces contes classiques. (CF)

Boucle d'or au musée

12. Le pain perdu du Petit Poucet et autres recettes de contes de fées, de Seymourina Cruse Ware et Marie Caudry, Thierry Magnier, 2014

Livre d’activités, dès 7 ans

Que faire lorsque vos enfants ont une faim de loup et sont sur le point de se transformer en ogres? Proposez-leur de choisir une des 45 recettes du livre Le pain perdu du Petit Poucet et autres recettes de contes de fées et de la réaliser en famille!

Chaque chapitre du livre correspond à un conte classique et comprend trois à quatre propositions. Un petit commentaire de quelques lignes, placé en haut de page, juste en-dessous de l’intitulé, explique le lien qui existe entre le conte et le plat. Les recettes sont simples et variées, mais nécessitent tout de même l’assistance d’un adulte. Même si les illustrations de Marie Caudry sont très réussies, on regrettera l’absence de photographies. Elles permettraient de mieux visualiser le résultat à atteindre.

Pour vous mettre l’eau à la bouche, voici un menu confectionné à partir du livre. Saurez-vous retrouver les contes auxquels il fait référence? (DT)

En amuse-bouche

Les feuilles de bricks aux trois garnitures

***

En entrée

La soupe au pistou de papa ours

***

En plat

Le gigot de sept heures en mémoire des sept sœurs

***

En dessert

La pomme au four de la vilaine sorcière

 

13. Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres… d’Isabelle Simler, Editions courtes et longues, 2015

Livre-jeu, dès 7 ans

Livre-jeu hors du commun, présentant l’univers des contes et de la littérature jeunesse, ce document illustré inventorie et révèle les secrets des personnages de l’enfance, en découvrant ce qui se cache dans leurs poches. Au lecteur d’y reconnaître les indices et de retrouver l’identité du propriétaire.

Mais qu’est-ce que Peter Pan, Barbapapa et la petite Souris gardent au fond de leurs poches? Isabelle Simler aborde l’univers des héros de l’enfance par ce biais original et fantaisiste. Ce qui autorise de jolies illustrations et l’approche poétique d’un solide mystère. Zoom: sur une double page accordée à chaque personnage (42 au total), on découvre quelques mots et des dessins colorés qui suggèrent l’atmosphère et concentrent symboles et éléments-clefs des mondes explorés. Exemple: trois bonbons au miel, un grand mouchoir repassé, un mouchoir moyen brodé et un petit mouchoir froissé nous induisent à penser aux trois ours de Boucle d’Or.

Les solutions sont toutes consignées en fin d’ouvrage. Le niveau des énigmes est variable mais un certain bagage littéraire est tout de même requis pour bien l’apprécier: on ne le conseille donc pas aux plus petits (dès 7-8 ans). Ce recueil est un bel hommage à l’enfance et à son imaginaire, une invitation à l’intime, une tendre redécouverte de nos figures enfantines.

Un vrai mistral gagnant. (DB)

Dans les poches

14. Le Petit Poucet, de Charles Perrault, Fabrice Colin et Zelda Zonk, Editions Play Bac, 2015

Conte, dès 7 ans

Un conte «refait». Voilà ce que proposent l’auteur Fabrice Colin et l’illustratrice Zelda Zonk à partir du texte de Perrault «Le petit Poucet», dans la collection des «Contes de fées défaits». Cette œuvre hybride, intégrant un dialogue entre le texte original (quoiqu’élagué) et des images et bulles de bande dessinée, fera (sou)rire petits et grands. Grâce à une nouvelle cohérence iconotextuelle, les créateurs mettent au goût du jour le conte paru au XVIIe siècle. Soyez attentives, soyez attentifs! chères lectrices et chers lecteurs, vous pourrez alors déceler les appareils électroniques représentés au second plan et vous délecter des multiples allusions aux préoccupations quotidiennes de notre société, tels que les devoirs scolaires ou les régimes alimentaires.

Dans cette œuvre où les images s’offrent la place d’honneur, le trait caricatural et expressif de Zonk entraîne vers un monde saugrenu et va jusqu’à mettre en scène un personnage auquel Perrault n’avait visiblement pas pensé... malgré sa taille et sa fourrure, il s’intègre «discrètement» à la fratrie.

Les mots et tournures anciens ou pouvant susciter des difficultés pour les jeunes lecteurs-trices, sont expliqués en note de bas de page. Colin et Zonk proposent donc une (re)lecture du grand «classique» accessible à toutes et à tous. Une belle occasion de le découvrir sous l’angle de la réactualisation! (CS)

Le Petit Poucet

15. Le Petit Poucet, c’est moi!, de Christophe Mauri et Marie Caudry, Casterman, 2017

Roman, dès 8 ans

Depuis que le Petit Poucet est en possession des bottes de sept lieues, la vie de l’Ogre a basculé. Sans elles, il ne parvient plus à attraper de petits enfants! Il est tombé en retraite forcée, à tel point que le Petit Poucet écrit dans une lettre:

«Vous étiez l’ogre, autrefois. Aujourd’hui, le Petit Poucet, c’est vous!»

L’œuvre de Christophe Mauri et Marie Caudry propose une suite au conte de Perrault. Après la tentative de l’Ogre de dévorer le Petit Poucet et ses frères, les deux personnages se lient d’une amitié platonique, qui consiste à se raconter leurs aventures par lettre. «Un jour, quand vous serez si vieux que vous n’aurez plus de dents, je vous rendrai visite», écrit le Petit Poucet (p. 12). En attendant, l’ogre ne peut se résoudre à devenir végétarien et ses lapsus ne sont guère encourageants («mon chair Petit Poucet», p. 32). Réduit à sa triste situation, il décide de composer un conte qui rappelle étrangement celui de Perrault, afin de recouvrer la terrible réputation qu’il avait autrefois. De cette histoire, chacun est tour à tour le héros: le Petit Poucet, c’est chacun des sept frères; Le Petit Poucet, c’est l’Ogre; le Petit Poucet, c’est aussi, bien sûr, le cadet de la famille. A force de voir ses frères se quereller sans arrêt par goût de jouer au héros, le Petit Poucet finit par soupirer: «Je me demande quand même quand viendra mon tour d’être moi-même» (p. 70).

L’œuvre épistolaire noue un dialogue intertextuel remarquable avec le conte du Petit Poucet mais également avec d’autres contes de Perrault. Afin de saisir ce jeu créatif en finesse, pourquoi ne pas en profiter pour relire le texte original du recueil publié en 1697? Christophe Mauri joue avec la langue d’une façon désopilante et Marie Caudry, grâce à son pinceau, nous transporte dans un univers lointain: les Petits Poucets y portent des bonnets de style oriental, les bottes de carottes courent après les Ogres, qui eux-mêmes portent des perruques «Ancien Régime». La richesse et l’inventivité de ces lettres et images capteront l’attention de plus d’une lectrice, de plus d’un lecteur. (CS)


Les rédacteurs: Delphine Bernard (DB), Laura Del Nostro (LDN), Christine Fontana (CF), Amandine Gachnang (AG), Camille Schaer (CS), Damien Tornincasa (DT)